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Qui sommes nous ?

"Pour la République sociale" est une association qui regroupe des militants issus de divers horizons de la gauche.

Elle se fixe comme objectif l’élaboration d’un projet politique capable de refonder une alternative de gauche à la domination matérielle et culturelle du capitalisme de notre époque.

Ouverte à celles et ceux qui se reconnaissent dans sa déclaration de présentation elle entend contribuer ainsi à une nouvelle union des gauches.

Ses modes d’action sont l’élaboration collective, la formation, l’action militante et l’éducation populaire.

PRS édite une revue.

PRS a été fondée le 31 mai 2004 à l’initiative de Jean-Luc Mélenchon.

Samedi 6 septembre 2008
Suppressions de postes, heures supplémentaires, réduction du volume horaire et appauvrissement des enseignements : le « plan Darcos » passe mal. Une vingtaine d’organisations lancent un plan d’action.

« Pas tendu », le climat, comme l’affirme Xavier Darcos ? Une semaine avant la rentrée des classes, les principales organisations de l’Éducation, syndicats, parents d’élèves, mouvements lycéens et étudiants, mouvements d’éducation populaire, soit plus d’une vingtaine de membres, annonçaient une journée d’action pour le 11 septembre. Pas une mobilisation ponctuelle mais le coup d’envoi d’un plan d’action sur l’année, assorti d’une campagne pour mobiliser l’opinion contre le « plan Darcos ».

Lycéens et parents d’élèves ont manifesté, le 28 mars, devant la préfecture de Versailles contre les suppressions de postes d’enseignants. Guay/AFP

« Concernant les réformes dans le primaire, le ministre a toute l’Éducation nationale contre lui, mais aussi l’Association des maires de France », signale Jean-Jacques Hazan, président de la FCPE, principale fédération de parents d’élèves (voir entretien). Le score de Darcos n’est pas meilleur dans le secondaire : « Le calendrier fixé pour la réforme des lycées est inepte, rien n’a été budgété », s’offusque le Syndicat des enseignements du second degré (Snes). Sans parler du détail même des réformes. En tête desquelles, les suppressions de postes (11 200 en 2008, 13 500 en 2009) contre l’instauration d’heures supplémentaires ; la réduction du volume horaire dans le primaire, qui se traduit par un gonflement des journées ; la réforme des programmes de primaire ; le lancement de la réforme du lycée ; les méfaits de l’assouplissement de la carte scolaire ; et les promesses non tenues concernant la revalorisation du métier d’enseignant.

Le 27 août, dans Paris-Match, le ministre affirmait : « L’offre éducative sera meilleure que celle de l’année précédente, grâce à un taux d’encadrement légèrement supérieur. Nous avons perdu plus d’élèves que prévu. Pour la rentrée 2007, en maternelle et en primaire, nous avions anticipé une hausse de 40 000 élèves. Au total, leur nombre a diminué de 960. Au collège et au lycée, nous avons perdu 50 000 élèves au lieu des 25 000 prévus. Aucune classe ne comptera 40 élèves. » C’est à voir. Plus personne n’ose défendre l’argument démographique du « moins de profs parce que moins d’élèves ». Sauf à rester dans une vision à très court terme : la rentrée 2008. À bien y regarder, estiment syndicats et parents, les populations entrant au collège et au lycée, en légère baisse cette année, vont exploser en 2010, du fait de l’accroissement actuel en primaire. Comment le démontrer avec certitude ? Pour la première fois depuis quinze ans, aucune prévision récente concernant les effectifs d’élèves n’a été publiée en amont de la rentrée. Idem pour le budget. Seul chiffre sûr : les 11 200 suppressions de postes en 2008, dont 8 830 pour les enseignants du second degré. Pour compenser : 5 000 emplois supprimés seraient transformés en heures sup. Mais, problème, le slogan « travailler plus pour gagner plus » ne semble pas prendre dans les écoles, l’enthousiasme des enseignants pour les heures sup n’est pas à la hauteur de ce que le ministère escomptait. Quant à la revalorisation du métier d’enseignant, tant défendue par le ministre que par le président Sarkozy, « les engagements chiffrés pour 2008 n’ont pas été tenus », d’après le Snes. La moitié des crédits dégagés par les suppressions d’emplois sont censés servir à la revalorisation, soit plus de 106 millions d’euros. Des mesures ont été prises, comme le versement d’une prime de 1 500 euros aux nouveaux enseignants ou la rémunération de l’accompagnement éducatif pour les conseiller principaux d’éducation et les certifiés documentalistes. Mais le compte n’y est pas. Pire, le versement d’une prime annuelle de 500 euros aux enseignants acceptant de travailler plus de 3 heures supplémentaires est jugé « inacceptable ». Pour la bonne raison que cette mesure, qui coûte 20 millions d’euros, presse les enseignants de justifier les suppressions de postes de leurs collègues !

Enfin, quel renouveau pédagogique derrière ces mesures d’économies ? 

Le 26 juillet, dans le Monde, le ministre faisait paraître une tribune assurant : « Le sarkozysme est l’allié de l’école ». Un texte qui a déclenché des indignations en rafale. Dont celle de l’historien de l’éducation Antoine Prost, parue dans le Monde deux jours plus tard sous le titre « Un Munich pédagogique », et qui a donné lieu à une pétition intitulée : « Évitons la catastrophe ».

http://www.politis.fr/L-heure-de-la-riposte,4341.html

Ingrid Merckx


Samedi 6 septembre 2008

Pour une planète durable, une planète vivable

La Fête de l’Humanité est un lieu de solidarité et de fraternité dans un monde de plus en plus violent, où prime trop souvent la loi de l’argent et du chacun pour soi. C’est un espace ouvert où se rencontrent les forces progressistes de France et de tous les pays pour échanger et agir en faveur de la paix et du co-développement durable.

Cet espace est d’autant plus important et utile au moment où les inégalités entre les peuples se creusent, où les forces dominantes mettent en péril la survie de la planète par la recherche effrénée du taux de profit maximum via la spéculation, l’exploitation, la mise en concurrence. Aujourd’hui se succèdent les crises financières, sociales, alimentaires, énergétiques, environnementales.

Les dépenses d’armement explosent pour l’appropriation de territoires et de matières premières. Ensemble, faisons de la Fête de l’Humanité un grand moment d’échanges et de construction commune avec les peuples d’Europe et du monde en lutte pour une planète durable, une planète vivable.

De grands débats et événements rassembleront personnalités, organisations et spécialistes de ces questions. La Fête elle-même entend être plus et mieux une fête écologique et responsable. Découvrez l’ensemble des initiatives et dispositifs mis en place à cette occasion dans cette rubrique.

La vignette (bon de soutien) :

http://www.humanite.fr/fete.html

Samedi 6 septembre 2008

Congrès du PS

Communiqué 
de Jean-Luc Mélenchon, sénateur et de Marc Dolez, député

Dans trois semaines seulement aura lieu le dépôt des motions pour un congrès socialiste qui sera décisif dans l’histoire de la gauche. La rédaction de ces motions ne doit donc pas s’improviser au hasard d’arrangements secrets et de coalitions tactiques de dernière minute. Après nous être régulièrement rencontrés et à la lecture de nos contributions respectives, nous avons constaté la profondeur de nos convergences sur les thèmes essentiels que doit trancher le congrès socialiste.
Nous avons donc décidé d’engager le processus de rédaction d’une motion commune capable de représenter le point de vue de la gauche du parti dans ce congrès.
Elle s’organisera autour des marqueurs essentiels contre les renoncements et les demi mesures qui ont rendu le point de vue socialiste inaudible et souvent inacceptable par la gauche populaire.

Notre premier objectif est d’empêcher le PS de devenir un « parti démocrate » comme il l’est devenu dans beaucoup de pays européens, avant de se transformer parfois en parti centriste comme en Italie, au prix d’une disparition totale de la gauche parlementaire.

Pour cela nous voulons proposer au PS de se refonder sur les thèmes qui forment son identité historique :
1° la paix, et donc la rupture avec le suivisme à l’égard du gouvernement américain, de la politique du choc des civilisations et de l’OTAN. Ce point implique évidemment l’opposition totale à la politique européenne de construction du « grand marché transatlantique ». Il inclut l’engagement pour le retrait des troupes françaises d’Afghanistan.
Nous sommes les partisans d’un autre mode d’organisation sociale, dans la tradition de l’idéal socialiste. Dans cette perspective, nous voulons engager une refonte du partage des richesses, qui permette au travail de récupérer les 10 points de richesse nationale qui sont passés de ses poches à celles du capital depuis 20 ans. Salaires, retraites, services publics, il faut inverser la ligne actuelle.
la remise en cause du modèle productif dominant et donc l’instauration d’une véritable planification écologique du développement de notre pays.
la rupture complète et totale avec le modèle actuel de construction européenne. Cela implique l’arrêt du processus de ratification du traité de Lisbonne et la bataille pour une Europe où la loi est faite par et pour les citoyens.
Nous voulons apprendre du renouveau de la gauche en Amérique latine, plutôt que de l’Europe du Nord où se consomme le naufrage de la sociale démocratie. Pour nous la refondation républicaine de notre pays ne peut être séparée de nos objectifs sociaux. Nous voulons proposer aux Français une 6ème République parlementaire, fermement laïque et sociale.

Tout cela bien sûr n’est possible que si le Parti socialiste est totalement clair sur sa stratégie d’alliances. Le rassemblement d’une majorité de Français pour accomplir ce programme ne peut se faire dans la confusion des accords politiciens avec un secteur de la droite. Il ne peut donc être question de pactiser avec le Modem. Nos alliances doivent se nouer exclusivement à gauche et sans exclusive à l’égard de l’extrême gauche.

Si nous voulons et si nous proposons la clarté sur ces points, c’est parce que tous les signes convergent pour montrer que l’emballement du modèle capitaliste actuel conduit à grand pas à une crise économique, écologique, sociale et politique, vers les premiers déchirements pour la paix du monde. A l’heure où le capitalisme entre dans une crise aiguë, le Parti socialiste, pour être utile aux travailleurs et au pays, doit rompre avec son surmoi libéral, ses tentations centristes, ses partenariats en Europe avec des partis qui gouvernent avec la droite. Bref avec tout ce qui le rend partie prenante et complice actif d’un ordre du monde qui tourne mal.

Jean-Luc Mélenchon est 1er signataire de la contribution « Pour Réinventer la gauche », présentée par Trait d’union.
Marc Dolez est 1er signataire de la contribution « Debout la gauche », présentée par Forces Militantes.

Lundi 1 septembre 2008

La principale confédération syndicale en Thaïlande a appelé lundi à une grève de soutien aux manifestants qui occupent depuis près d'une semaine le siège du gouvernement à Bangkok pour forcer le départ du Premier ministre Samak Sundaravej.

La State Enterprises Workers' Relations Confederation, qui regroupe 43 syndicats et compte quelque 200.000 membres, a appelé à des débrayages à partir de mercredi, menaçant de couper l'eau et l'électricité aux agences du gouvernement.

"Nous arrêterons la fourniture de services publics aux agences de l'Etat pour mettre la pression sur le gouvernement afin qu'il parte et qu'il arrête de causer des dommages au pays", a déclaré Sawit Kaoewan, secrétaire de la confédération.


ET nous c'est pour quand ?

Lundi 1 septembre 2008
La rentrée s’annonce difficile pour les étudiants qui devront subir une augmentation de 5,9% du coût de leur vie par rapport à l’an dernier. C’est ce que révèle une enquête de l’Unef.

Les étudiants semblent ne pas échapper à l’inflation selon l’étude annuelle de l’Unef. A l’appui de son analyse sur la dégradation de la vie étudiante, le syndicat cite la hausse des loyers (+8,3% à Paris et +4,3% en province), l’augmentation des produits alimentaires (+6,9%) et la hausse des droits d’inscription (+4.3% en moyenne).

Le coût de la rentrée est particulièrement lourd et varie de 700 euros à plus de 2.100 euros selon les situations, indique l’Unef.

Dans le même temps, les aides augmentent de manière très insuffisante, 2,5% pour les bourses, soit un point de moins que l’inflation, ajoute le syndicat.

En augmentant les frais obligatoires d’inscription et en supprimant sans la compenser l’allocation pour l’installation étudiante, "Valérie Pécresse a repris d’une main ce qu’elle avait donné de l’autre en créant un 6e échelon et en élargissant le nombre de boursiers", écrit l’Unef.

Le syndicat souligne également la situation particulière du mois de septembre puisque 75% des étudiants effectuent désormais leur rentrée avant le 15 du mois alors qu’« ils n’ont droit à aucune bourse en septembre et ne bénéficient pas d’aide au logement le mois de leur installation."

Pour ces raisons, le syndicat étudiant appelle la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pecresse, à prendre la mesure de la situation et à lancer un "plan d’action sociale" pluriannuel. L’Unef requiert entre autre le versement d’un 10ème mois de bourse en septembre, le versement de l’aide au logement dès le mois d’emménagement et la création de 50 000 allocations d’études pour les étudiants non boursiers.

Mardi 26 août 2008

Commençons par ce que ne raconte pas le « témoignage » de BHL : les conditions de la balade. Mercredi 13 août, rendez-vous est pris à l’aéroport du Bourget devant l’aérogare de Darta, une compagnie d’aviation privée. Le philosophe a loué un jet pour rallier Tbilissi, qui n’est plus desservie.

Il est accompagné par son vieux complice, l’éditeur Gilles Hertzog, le documentariste Raphaël Glucksmann et un journaliste de France Culture, Omar Ouamane. Plus un garde du corps. Le jet se pose vers midi en Géorgie, « juste pour le déjeuner », précise Raphaël Glucksmann. Prévenue par son ambassadeur à Paris, la présidence géorgienne a dépêché l’un de ses traducteurs pour accompagner BHL durant tout son séjour.

Celui-ci sera court, puisque Bernard-Henri Lévy repartira samedi matin, à 8 heures, de Tbilissi. Il aura donc passé deux jours et demi en Géorgie. L’équipage descend au Marriot Tbilissi, un hôtel cinq étoiles fréquenté par les journalistes et les diplomates.

Plusieurs journalistes français, surpris par sa présence, interrogent dès son arrivée l’intellectuel qui ne cache pas les motifs de son voyage : défendre la liberté en Géorgie contre l’ogre russe. Plusieurs radios, comme France Inter, France Info ou RFI, diffuseront des extraits de ces interviews.

Dans un minibus blanc climatisé, direction Gori, l’une des villes occupées par les troupes russes. Première « chose vue », sur la route : « Le fait est que la première présence militaire significative à laquelle nous nous heurtons est un long convoi russe, cent véhicules au moins, venu tranquillement faire de l’essence en direction de Tbilissi. »

L’envoyé spécial du Nouvel Observateur, Christophe Boltanski, qui emprunte la même route, le même jour, a compté les véhicules de cette colonne. Il en a recensé trente : six camions de troupes, six camions citernes, sept blindés APC, trois camions essence, six chars, deux ambulances.

Encore quelques kilomètres et l’équipage retrouve un groupe de journalistes, bloqués à un barrage tenu par la police géorgienne. Les journalistes ont suivi Alexandre Lomaia, le conseiller géorgien pour la sécurité nationale, qui avait décidé courageusement de se rendre à Gori, accompagné de l’ambassadeur d’Estonie. Le convoi est bloqué à quelques kilomètres au sud de la ville. BHL descend alors de sa camionnette blanche.

Vincent Hugeux, grand reporter à L’Express, s’étonne : « J’ai reconnu sa silhouette. Il était accompagné de Gilles Hertzog et Raphaël Glucksmann. BHL a même lancé à un journaliste français : ‘Ah, mais nous sommes confrères !’ »

BHL franchit le barrage, dans des conditions sur lesquelles nous reviendrons, et racontera dans Le Monde la scène suivante :

« Nous arrivons à Gori. Nous ne sommes pas au centre-ville. Mais, du point où Lomaia nous a laissés avant de repartir, seul, dans l’Audi, récupérer ses blessés, de ce carrefour que contrôle un char énorme et haut comme un bunker roulant, nous pouvons constater les incendies à perte de vue. Les fusées éclairantes qui, à intervalles réguliers, illuminent le ciel et sont suivies de détonations brèves. Le vide encore. L’odeur, légère, de putréfaction et de mort. « Et puis, surtout, le bourdonnement incessant des véhicules blindés et, une fois sur deux à peu près, des voitures banalisées remplies de miliciens reconnaissables à leurs brassards blancs et à leurs cheveux retenus par des bandanas. « Gori n’appartient pas à cette Ossétie que les Russes prétendent être venus « libérer ». C’est une ville géorgienne. Or ils l’ont brûlée. Pillée. Réduite à l’état de ville fantôme. Vidée. »

Problème : BHL n’est jamais « arrivé à Gori », et les Russes n’ont pas « brûlé » la ville.

Que s’est-il passé ? Avec son équipe, il s’est débrouillé pour passer ce premier barrage en compagnie d’Alexander Lomaia et de quelques autres personnes (l’ambassadeur estonien, la députée européenne Marie-Anne Isler-Béguin et la journaliste du Washington Post Tara Bahrampour).

Deux heures plus tard, vers 22h30, dans la nuit noire, BHL est de retour au premier barrage où attend la presse. Il sort du véhicule, le visage grave, et avec sa voix de Malraux, il témoigne devant les journalistes :

« La ville est nettoyée, Gori est une ville fantôme, il y a des flammes partout ; apparemment pas âme qui vive, Gori a été vidée de sa population. C’est ce que les Russes appellent la pacification. »

L’eurodéputée Marie-Anne Isler-Béguin intervient alors pour démentir : « mais non, on n’était pas à Gori », dit-elle aux journalistes, « on a été bloqués à un barrage à 1,5 kilomètre de la ville ». Elle connaît cette région depuis huit ans. Seuls les champs brûlaient, ajoute-t-elle. Les armées brûlent parfois les champs pour éviter le risque des snipers embusqués.

Déléguée du Parlement européen pour le Caucase Sud, Marie-Anne Isler-Béguin revient sur l’épisode pour Rue89 : « Je viens de découvrir son témoignage. Je suis un peu surprise qu’il n’ait pas tout à fait dit comment ça c’était réellement passé. Mais il a peut-être oublié… J’ai vu Bernard-Henri Lévy pour la première fois lors de ce voyage au check-point où étaient bloqué tous les journalistes, à cinq kilomètres de Gori. « Si Bernard-Henri Lévy est monté avec Lomaia et moi, c’est parce que j’ai intercédé en sa faveur. C’est lui qui m’a demandé : « Madame la députée, je voudrais me joindre à la délégation. » Et c’est moi qui ai obtenu l’accord de l’ambassadeur d’Estonie. Dommage qu’il ait oublié ce petit détail… En plus, c’est le seul qui soit monté dans la voiture avec son garde du corps. « Et il y a d’autres approximations. S’il arrive à distinguer les militaires des paramilitaires, il est plus doué que moi. S’il a senti une odeur de putréfaction, moi pas. Il écrit aussi que Gori a été brûlée, pillée et réduite à l’état de ville fantôme, mais à ce moment-là, on ne pouvait pas le dire, tout simplement parce que personne n’y était encore allé. Enfin, nous nous sommes arrêtés à 1,5 kilomètre de Gori. »

Gilles Hertzog, fidèle compagnon de route de BHL, confirme lui aussi la version de l’élue : « Non, on n’est pas rentrés dans la ville, on est resté à l’orée de la ville, je ne sais pas à combien de kilomètres de Gori. Il faisait nuit, on apercevait vaguement des bâtiments quand il y avait des fusées éclairantes, mais on n’était que sur le bas-côté d’une route. Il y avait des champs qui brûlaient autour de nous, on nous a dit que c’était du ‘farming’ [des feux allumés par des cultivateurs, ndlr], mais je ne l’ai pas cru. »

Et même divergence avec BHL sur l’odeur de putréfaction : « Personnellement, je n’ai rien ressenti, mais peut-être que mon ami Bernard-Henri Lévy, lui, l’a ressentie. »

Dans son reportage, la journaliste du Washington Post raconte elle aussi cette virée, mais en précisant bien clairement, en début de l’article, qu’elle n’a pas vu la ville. Le « byline », l’indication du lieu et de la date du reportage placée au début du texte, est très clair : « OUTSIDE GORI, Georgia, Aug. 13 » (« En dehors de Gori, le 13 août »).

Et que penser de la seconde tentative pour se rendre à Gori le vendredi ? BHL écrit dans Le Monde :

« Vendredi matin. Nous décidons, avec Raphaël Glucksmann, Gilles Hertzog et la députée européenne, de revenir à Gori que, suite à l’accord de cessez-le-feu rédigé par Sarkozy et Medvedev, les Russes auraient commencé d’évacuer et où nous sommes censés rejoindre le patriarche orthodoxe de Tbilissi en partance, lui-même, pour Shrinvali, où des cadavres géorgiens seraient livrés aux porcs et aux chiens. « Mais le patriarche est introuvable. Les Russes n’ont rien évacué. Et nous sommes même, cette fois, bloqués vingt kilomètres avant Gori quand une voiture, devant nous, se fait braquer par un escadron d’irréguliers qui, sous l’œil placide d’un officier russe, fait descendre les journalistes et leur arrache caméras, argent, objets personnels et, finalement, leur véhicule. « Fausse nouvelle, donc. L’habituel ballet des fausses nouvelles dans l’art duquel les artisans de la propagande russe semblent décidément passés maîtres. Alors, direction Kaspi, à mi-chemin entre Gori et Tbilissi, où l’interprète de la députée a de la famille et où la situation est, en principe, plus calme. »

Le documentariste Raphaël Glucksmann conserve un souvenir différent de ce « braquage ». Le convoi de trois voitures est stoppé au dernier barrage de la police géorgienne où on leur déconseille fortement de continuer :

« Les policiers nous ont raconté qu’une voiture de l’UNHCR [le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies, ndlr] venait de se faire dépouiller au barrage russe. Nous avons donc rebroussé chemin. Je n’ai pas vu cette scène. C’est simple, la route fait un coude et juste après, à 500 mètres environ de là où nous sommes, il y a le barrage russe, mais on ne le voit pas. »

La version de l’eurodéputée sonne, elle aussi, bien différemment de celle de BHL. Contrairement à ce qu’affirme l’intellectuel, elle n’était pas à ses côtés à ce moment précis :

« Le jeudi, les autorités géorgiennes m’ont assuré que je pourrais aller le lendemain à Gori avec un convoi humanitaire. Mais, le vendredi, on attend une heure, deux heures, et on n’obtient toujours pas d’accord des Russes pour faire partir le convoi humanitaire. « Je n’ai donc pas pris de voiture en direction de Gori avec Bernard-Henri Lévy. Je n’ai pas non plus cherché le patriarche, qui a eu l’autorisation de se rendre à Shrinvali pour aller récupérer des corps de Géorgiens, car je savais où il était, mais j’ai seulement regretté de ne pas l’avoir contacté avant. « Je n’avais toujours pas bougé de Tbilissi quand, avec mon assistante géorgienne, on décide alors de se rendre au village de Kaspi, qui n’est pas en zone occupée. Et c’est là que Bernard-Henri Lévy revient vers moi et me dit : « On a fait équipe hier, est-ce qu’on continue à faire équipe ? »

Gilles Hertzog, n’était pas non plus avec BHL : « Moi, je ne sais pas, je n’étais pas dans la même voiture que lui. Je ne sais plus exactement… Vous savez, on laisse faire nos chauffeurs, ce sont eux qui décident, qui savent où on peut aller. »

Les autos partent en fait à Kaspi pour constater la destruction d’une usine électrique que filmera Glucksmann.

Vendredi, seconde rencontre du philosophe avec le président géorgien Mikheïl Saakachvili. Bloqué depuis plusieurs jours dans sa résidence, le chef d’Etat interroge BHL et Raphaël Glucksmann : « Il nous a demandé comment c’était à Gori et Kaspi. Puis, ils ont un échange sur le thème : « Pourquoi l’Occident ne répond pas ? »

Dans le récit qu’il a rapporté pour VSD, Hertzog raconte : « Bernard-Henri Lévy tente de leur remonter le moral. Pourquoi ne pas inciter les pays de l’Otan qui ont appuyé la demande de la Géorgie à se prononcer solennellement ? Pourquoi ne pas tenir vos conseils des ministres dans une ville menacée ? Saakachvili retrouve un instant le sourire. ‘Très bonnes idées !’, lance-t-il. »

Ensuite, selon Glucksmann, les deux hommes parlent philosophie : « Saakachvili a lu ‘La Pureté dangereuse’ et puis il a eu une prof de philo, ancienne correspondante de Sartre, et comme BHL a écrit sur Sartre… »

Retour à l’hôtel à l’aube, fin de l’escapade, tout le monde reprend l’avion vers 8h du matin. Direction Nice, où BHL a un rendez-vous. La folle vie continue.

Le journal britannique The Independant ne s’est pas trompé sur la leçon à tirer de toute l’histoire. Dès lundi 18 août, il écrivait :

« Les Américains ont envoyé des couvertures, les Estoniens des médecins, mais ce sont les Français qui, assurément, sont venus au secours des gens de l’Ossétie du Sud en proposant d’envoyer leur « nouveau philosophe » Bernard-Henri Lévy. »

Julien Martin, Pascal Riché et David Servenay.

http://www.rue89.com/2008/08/22/bhl-na-pas-vu-toutes-ses-choses-vues-en-georgie

Mardi 26 août 2008
Abandon de la carte scolaire, nouveau programme, concessions sur la mixité, suppression de postes d’enseignants, multiplication des établissements privés...Xavier Darcos agit sur tous les fronts. Quel sens donner à ces mesures engagées tous azimuts ? Sous prétexte de liberté de l’enseignement, le gouvernement cherche-t-il à mettre en place une privatisation de l’école publique ? Cette enquête révèle que les récentes réformes, en apparence éparses et dissociées, s’inspirent d’une stratégie élaborée par certaines associations catholiques ou libérales comme SOS Education. La rentrée 2008 sonnera-t-elle le glas de l’école publique et laïque ?

L’Éducation Nationale est accusée de « fabriquer des crétins » et d’entretenir le « chaos pédagogique », l’insécurité et le chômage. En évitant les débats parlementaires, Xavier Darcos impose sans discussion une véritable révolution libérale. Le gouvernement met rapidement en oeuvre une succession de mesures : suppression de la carte scolaire et de postes d’enseignants, évaluation publique des enseignants et des établissements, financement par l’État du développement des établissements privés dans les banlieues… Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi dévoilent la signification de ces mesures.

Ils révèlent que des associations de libéraux et de catholiques conservateurs proches du Front national et de l’Opus Dei sont à l’origine de ces propositions. Au nom de la liberté de choix, on prépare une privatisation de l’Éducation. La réforme de l’école est au coeur du projet de Nicolas Sarkozy. L’école institution de la République laïque est décriée, attaquée pour lui substituer une logique libérale dans laquelle l’école privée est instrumentalisée pour concurrencer et démanteler le service public.

Quelle part prennent l’actuel gouvernement et son ministre de l’Education nationale dans cette exacerbation de la concurrence, dans les nouveaux privilèges concédés à l’enseignement catholique ?

Quel rôle jouent les officines libérales et intégristes qui prennent pour cible l’école publique ? Quel sens donner à toutes ces premières mesures engagées dans la précipitation : suppression de la carte scolaire, instauration d’un chèque éducation pour le privé, concessions sur la mixité, le service minimum… ? Des faits, des actes, des décisions, des liens, des réseaux montrent les multiples connivences, qui depuis une trentaine d’années s’entendent pour lancer une OPA sur l’Ecole publique.".

La rentrée 2008 sonnera‐t‐elle le glas de l’école publique et laïque ?

"Main basse sur l’école publique"
Muriel FITOUSSI et Eddy KHALDI
Editions DEMOPOLIS
sortie le 25 août 2008


Un petit résumé

L’Education nationale, née de l’idéal de l’école laïque, gratuite et obligatoire, est aujourd’hui en danger de mort. Sous la menace d’une croisade qui, portée depuis plus de 15 ans par les franges catholiques les plus intégristes des mouvements ultra‐libéraux, s’invite désormais au coeur de la réforme économique menée par l’actuel gouvernement. Hallucination, fantasme ?

Hélas, ce scénario catastrophe n’est pas une lubie surgie de l’imagination fantasque d’un auteur de science‐fiction. A l’heure où l’opinion prend la mesure des récentes et violentes remises en question du principe de laïcité en France, il est grand temps de s’interroger, sur ce que peut cacher le discours de Nicolas Sarkozy au Latran, en direction de nos chères têtes blondes. La mission éducative qu’entend mener Monsieur le chanoine d’honneur du Vatican, signeraitelle la fin de l’école publique ?

Ceux qui veulent en finir avec l’éducation nationale :

Depuis plus de 15 ans, dans un relatif secret, un certain nombre de groupements relevant d’une même nébuleuse clérico libérale, s’agitent en catimini. Leur but ultime : démanteler l’Education nationale et l’ensemble de son service public. Une croisade amenée avec prudence et minutie. Mais une détermination néanmoins implacable.

Au coeur de cette nébuleuse, à droite de la droite, une douzaine d’associations : « Enseignement et libertés », « Créateurs d’écoles », l’« OIDEL », « SOS Education », « FSP‐ Fondation de service politique », « Créer son école », « CLE‐ Catholiques pour les libertés économiques », « ILFM – Institut libre de formation des maîtres », « Fondation pour l’école », « Famille et libertés », « Mission pour l’école catholique »…ou encore, l’ALEPS, « association pour la liberté économique et le progrès social », filiale ultra‐libérale du MEDEF, créée dans les années 60, dans le sillage de l’UIMM.

Leurs « penseurs », leurs activistes, s’inscrivent dans la mouvance des idées agitées dans les « think tanks » de l’extrême droite, au sein du Front National, du Club de l’Horloge. Voire, pour certains… de l’Opus Dei.

Toutes réclament, à corps et à cris, l’avènement de la « liberté de l’enseignement » en France. Qu’entendent‐elles par « liberté » ? Il s’agit en fait, d’organiser la mise en concurrence des établissements scolaires, dans une optique de concession de service public voire de marchandisation de l’école.

Celle‐ci garantirait une « offre scolaire diversifiée », sensée répondre à une attente désespérée des familles, injustement privées de leur liberté de choix... Des mots d’ordre libéraux bon teint, en apparence, mais qui, en réalité, servent opportunément la vision cléricale de ces nouveaux croisés. Ceux‐ci n’espèrent rien d’autre que le retour à l’école d’antan. Celle d’avant la République, aux mains de l’Eglise.

L’école publique laïque, voilà l’ennemie

A en croire plusieurs des associations précédemment citées, au premier rang desquelles, l’hyperactive et biennommée « SOS éducation », nous serions à la veille d’un cataclysme insoupçonné. L’oeuvre de Jules Ferry serait devenue un véritable bourbier, une sorte d’antre du Diable porteur de tous les signes de décadence de notre époque, coupable d’une entreprise criminelle de corruption des moeurs de la jeunesse. Cette école serait aux mains des syndicalistes de l’Education nationale, omnipotents héritiers du bolchevisme, décidés, couteau entre les dents, à faire de nos chères têtes blondes de la graine de révolutionnaires nihilistes. Les programmes scolaires sont stigmatisés, accusés d’intelligence avec l’ennemi, par la diffusion d’une vision marxiste et culpabilisante de l’histoire mondiale…

Des profs incompétents et démissionnaires, impuissants à endiguer la violence et l’échec scolaire montrés du doigt à toute occasion. Au final, tous les maux de notre société, seraient imputables à ce Monstre froid, mammouth ingérable, fossile « comparable à l’ex‐armée rouge ».

Ces associations ne se contentent pas de stigmatiser les errances du système éducatif, de la méthode globale rendue responsable d’un illettrisme galopant, du contenu des programmes ou de la baisse alarmante du niveau depuis plusieurs décennies.

Elles vont bien plus loin. « Dans le concert des « déclinistes », rapporte un article de Libération le 6 novembre 2006, « SOS Education est à part. Elle ne compte pas de personnalités dans ses rangs et cherche désespérément des alliés (…) Le 24 octobre, Sauver les lettres, Sauver les maths et Reconstruire l’école ont publié une lettre au vitriol, qualifiant SOS Education de « groupuscule malfaisant ». Car, au‐delà de constats communs, leurs buts divergent radicalement.

Dans la tradition laïque et républicaine, les trois associations réclament une école plus performante. SOS Education vise son affaiblissement, voire sa disparition. Le 17 septembre 2005, devant le Cercle Frédéric Bastiat qui se veut un haut lieu de la pensée, Vincent Laarman (Président de SOS Education, NDLR) annonçait la couleur : il n’y a d’espoir que « si l’Education nationale se trouve menacée dans sa survie par la concurrence d’un grand secteur éducatif libre ». Et de citer les Etats‐Unis en exemple. »

Le but ultime ne serait‐il pas, au prétexte de libérer l’école, de faire disparaître l’école publique ?

A l’ombre de l’Opus…

Mais les questions éducatives ne monopolisent pas leurs foudres guerrières. Certaines associations entendent bien, aussi, se mêler des questions touchant plus intimement au « progrès des sociétés humaines », tel qu’elles le conçoivent. C’est que l’avortement, la contraception, les prises de positions de Jean Paul II puis Benoît XVI figurent parmi quelques‐unes de leurs préoccupations essentielles.

Dans notre nébuleuse, CLE, Catholiques pour les Libertés économiques, dont les locaux se situent à l’adresse même du siège de l’Opus DEI en France. Son Président, Michel de Poncins, fut l’un des conseillers économiques de Jean‐Marie Le Pen.

Ou encore, l’OIDEL. Une ONG très influente pour le “Droit à l’éducation” et la “liberté d’enseignement”, reconnue par l’ensemble des institutions européennes, mais dont l’appartenance à l’Opus dei est révélée dans force sites, documents officiels du gouvernement fédéral genevois, et par l’engagement reconnu « à l’oeuvre » de plusieurs de ses membres éminents.

Un document extrait d’un rapport comparatif de l’OIDEL sur 85 pays non encore publié est diffusé opportunément, en avant première, le 22 avril 2007, à l’issue du premier tour de la présidentielle, pour développer la « liberté d’enseignement en France ». Pourtant, il n’y a pas péril en la demeure de France nous sommes en 5ème position. Que signifient cette pression et la publication de ce programme d’action à ce moment de la campagne ? Que d’attention de la part de cette ONG européenne pour notre pays, en particulier à l’occasion de son Symposium de Lisbonne des 7 et 8 septembre 2007. L’OIDEL se penchait sur notre carte scolaire avec le concours des parents d’élèves des écoles privées françaises de l’UNAPEL pourtant non concernées par cette question. Cette entreprise pour développer l’enseignement privé est également conduite, aujourd’hui, par les mêmes avec une rare violence en Espagne.

« Guide du candidat 2007/2008 »…

Tout cela ne porterait pas à conséquence, si l’écho auprès des politiques et des pouvoirs publics, ne se faisait aussi fidèle. Jusqu’à inspirer, avec une étrange concordance, l’agenda de l’actuelle politique « de réformes » du Ministre de l’Education, Xavier Darcos.

Dans le sillage de la campagne présidentielle, en 2007, l’ALEPS et d’autres se fendaient d’une initiative pour le moins audacieuse : l’édition d’un « Guide du Candidat 2007/2008 », véritable feuille de route énonçant un catéchisme auquel devrait se conformer le candidat favori, dans une logique purement libérale. Et le gagnant fut … Nicolas SARKOZY, arrivé en tête des notes attribuées aux divers candidats.

En matière d’éducation, un « agenda des réformes », assorti d’un authentique planning d’exécution, annonce « dès 2007 », entre autres mesures‐phares :

‐ « Suppression de la carte scolaire et sélection à l’entrée des établissements scolaires et universitaires »

‐ « Liberté totale de l’ouverture de classes, d’établissements, et du recrutement d’enseignants et de personnel administratif par contrat privé »...

Puis, à plus long terme, rien de moins que la « suppression progressive du budget de l’Education nationale et du statut des enseignants fonctionnaires »… ou encore, l’ « autonomie totale des établissements en matière de programme, de personnel et de contrôle des connaissances… »

Dans son éditorial en ouverture de « la nouvelle lettre » n°928, le 8 septembre 2007, Jacques Garello, responsable de l’ALEPS, encourage le nouveau Président, avec cette mise en garde, qui laisse songeur : « Vous allez vous mettre à dos les syndicats d’enseignants à coup sûr, mais aussi les associations de parents et de façon plus large encore tous ceux qui sont attachés à l’idée du service public unique et laïque de l’Education nationale. Mais vous allez aussi sauver la jeunesse et, avec elle, l’avenir du pays. »

11 juin 2007, Elysée. Toutes affaires cessantes, sous le feu des caméras et des micros, Nicolas Sarkozy annonce un assouplissement de la carte scolaire, dès la rentrée de septembre 2007. Paris brûle‐t‐il ? Comment expliquer une telle précipitation, de la part d’un Président de la République à réunir, dans les tous premiers jours de son mandat, les représentants des personnels et des parents d’élèves à l’Elysée pour traiter de la question de la suppression de la carte scolaire, qui réussit l’exploit de s’imposer au rang d’urgence nationale ? Comme si l’immense chantier de l’éducation nationale se limitait à la question de la carte scolaire. Rien n’indique, de surcroît, qu’il s’agisse là d’une demande émanant explicitement des parents, d’ailleurs la principale fédération s’y oppose. En septembre, l’académie de Paris n’a enregistré, en tout et pour tout, que 203 dérogations supplémentaires par rapport à l’année précédente.

Une goutte d’eau.

11 juillet 2007 dans sa lettre de mission au ministre de l’Education nationale, le Président de la République fixe parmi ses objectifs budgétaires : « S’agissant de l’enseignement sous contrat, qui répond à certaines attentes des familles, vous ne dissuaderez pas les établissements privés de s’installer dans des quartiers en difficulté et, au contraire, vous soutiendrez, lorsqu’ils existent, de tels projets d’installation, dans le respect des grands équilibres nationaux. ».

20 décembre 2007, palais de Saint‐Jean de Latran, Vatican. Nicolas Sarkozy, président de la République française, est intronisé « chanoine honoraire ». Il s’en félicite, déclarant que « la laïcité n’a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n’aurait pas dû ». Défendant le concept de « laïcité positive », il enfonce le clou : « un homme qui croit est un homme qui espère. L’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent (…) ».

Espérance que la République, sorte de monstre froid, aux valeurs morales déconnectées de toute transcendance, ne saurait nourrir ... « Depuis le siècle des Lumières, l’Europe a expérimenté tant d’idéologies. Elle a mis successivement ses espoirs dans l’émancipation des individus, dans la démocratie, dans le progrès technique, dans l’amélioration des conditions économiques et sociales, dans la morale laïque. Elle s’est fourvoyée gravement dans le communisme et dans le nazisme. Aucune de ces différentes perspectives (…) n’a été en mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver un sens à l’existence(…) Et puis je veux dire également que, s’il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. D’abord parce que la morale laïque risque toujours de s’épuiser quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini. Ensuite et surtout parce qu’une morale dépourvue de liens avec la transcendance est davantage exposée aux contingences historiques et finalement à la facilité."

Concernant l’éducation, Sarkozy se lance dans une vibrante homélie : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie ».

Tollé au sein du monde enseignant, qui dénonce, « une véritable provocation vis‐à‐vis de l’école publique ».

Nicolas Sarkozy s’était déjà illustré, en 2004 dans son livre « Les religions, la République, l’espérance »…. Son coauteur : Thibaud Collin, membre de l’association de service politique, « laboratoire d’idées » intégristes, réputé proche de l’Opus dei, et financièrement soutenue par le Vatican. Thibaud Colin est, par ailleurs, l’auteur d’un pamphlet hostile à une quelconque reconnaissance de l’égalité entre homo et hétérosexuels … Thibaud Collin était de la visite au Vatican. Le discours lu par Nicolas Sarkozy, ressemble, par endroits, à un copier‐coller de certains passages de leur oeuvre commune. « Le besoin spirituel, l’espérance, ne sont pas satisfaits par l’idéal républicain. La République est une façon d’organiser l’univers temporel (…). Elle n’est pas la finalité de l’homme ». Une République qui « ignore le bien et le mal », pouvait‐on déjà lire à l’époque, veille du centenaire de la loi de 1905.

Ce 20 décembre, Henri Guaino, plume officielle du Président de la République, n’était, de toute évidence, pas de la partie.

17 janvier 2008, Ryad. Nicolas Sarkozy, en visite en Arabie Saoudite, persiste et signe devant les 150 membres du Conseil consultatif du Royaume, fief du wahhabisme, peu réputé pour son esprit d’« ouverture ». Le président de la République exalte ce qu’il nomme « l’héritage civilisateur des religions » … L’islam, qu’il prend la précaution oratoire de distinguer de l’intégrisme, « négation de l’islam », est appelé à prendre toute sa place dans sa vaste « politique de civilisation » …

Pour paraphraser Thiers qui, lors du vote de la loi Falloux, justifiait : « un curé c’est 50 gendarmes », dans l’esprit de l’ancien Ministre de l’Intérieur, un imam c’est 50 keufs ?

La rupture est désormais consommée avec la pratique laïque des Présidents de la Vème République. Nicolas Sarkozy est le premier Président qui emploie le nom de Dieu, en visite officielle… Les religions, désormais intégrées au pacte républicain. Ou instrumentalisées ?

Elysée, Ministère de l’Education ... Qui est aux commandes ?

Flash‐back : 1992. Nous sommes à la veille d‘un important scrutin, les élections législatives de mars 1993. 150 personnes d’horizons divers, dont une grande partie de hauts fonctionnaires du service public de l’Education nationale et de responsables d’établissements privés, fondent une éphémère association : « Créateurs d’écoles ».

Un organisme destiné à vendre de la formation ? Pas vraiment. Le bulletin n°1 de Créateurs met en exergue un objectif, qui en dit long : « l’identification des verrous et les moyens de les faire sauter » (…) « problèmes juridiques et financiers, rôle des collectivités locales », « gestion des personnels », « outils pédagogiques », « élèves, affectation, aide sociale », « programmes d’enseignement », « personnels administratifs, techniques, ouvriers et de service ».

Afin de « faire sauter » ces verrous, l’association préconise, non pas une révolution, mais une réforme de velours. « Ce sera sans doute la partie la plus délicate de notre travail, car il ne nous faudra pas tomber dans le piège de la « réforme globale », mais identifier avec précision les actions nécessaires, tout en les rendant possibles. (….) La solution réside sans doute dans la mise en oeuvre de dispositifs dérogatoires, qui n’obligent pas à la remise en cause systématique de tout l’existant, mais qui permettent d’importantes innovations au niveau des établissements d’enseignement. » Un lent travail de déconstruction, pièce après pièce, de la maison Education. Un véritable projet de gouvernement.

Parmi les membres fondateurs de cette ambitieuse confrérie : Maurice Quenet, Dominique Antoine et … Xavier Darcos !

Soit, dans l’ordre, l’actuel Recteur de Paris, le Conseiller Education du nouveau Président de la République, et l’actuel Ministre de l’Education nationale.

Carte scolaire, service minimum, modification du statut des personnels, soutien à l’essor de l’enseignement privé, diminution de la place de l’Etat dans les missions de l’Education … Connexions, actions, déclarations, projets et programmes communs attestent de ce complot ourdi, dans l’ombre, depuis un peu plus de quinze années, en toute discrétion, par ceux‐là même qui, aujourd’hui, sont aux commandes de l’Education nationale.

C’est sur l’histoire de ce complot, et l’identité de ses protagonistes que nous nous proposons, dans ce présent ouvrage, de faire toute la lumière. Et donner ainsi à comprendre, sous un jour nouveau, la politique éducative de l’actuel gouvernement…

Les défenseurs des « racines chrétiennes » de la France réussiront‐ils à déraciner l’héritage républicain d’une école laïque, gratuite et obligatoire ?

http://www.legrandsoir.info/

Commande en librairie ou sur internet :
http://livre.fnac.com/a2259892/E-Khaldi-OPa-sur-l-education-nationale?PID=1&Mn=-1.
http://www.alapage.com/-/Fiche/Livres/9782354570118/LIV/opa-sur-l-education-nationale-fitoussi.htm
Lundi 25 août 2008

Lorsque énergie rime avec diplomatie et (quasi) frénésie. Alors que la région bruisse en ce printemps 2008 du son redouté du canon, s’ébranle sous les coups de boutoir de la rébellion et des attentats terroristes (Afghanistan, Sri Lanka, Pakistan) et s’interroge sur les facétieux coups d’arrêt portés au traitement de grands dossiers (cf. nucléaire nord-coréen), l’Asie se révèle également capable de soudaines avancées diplomatiques qu’il convient ici de saluer.

Actuellement en visite en Asie méridionale (successivement au Pakistan lundi, puis au Sri Lanka et enfin en Inde), le président iranien Ahmadinejad en est un témoin privilégié... et intéressé. Dans la capitale pakistanaise Islamabad, en compagnie de son homologue Pervez Musharraf, le chef de l’Etat iranien s’est ainsi employé à rappeler la pertinence du projet régional de gazoduc IPI (Iran, Pakistan, Inde), dit « pipeline de la paix » par ses promoteurs en ce qu’il associe, dans une trame énergétique aux fortes implications stratégiques, les fébriles voisins iraniens, indiens et pakistanais. Ces 2 derniers entretiennent depuis 2004 des rapports certes apaisés et profiteraient, par la construction d’un pipeline long de 700 km, des généreux sous-sols du champ gazier de South Pars (Iran), pour satisfaire leurs demandes intérieures et, dans le cas indien tout particulièrement, alimenter une croissance économique particulièrement gourmande en énergies (l’Inde est déjà le 6e consommateur mondial de pétrole).

Accélérations en série. Longtemps bloqué sur un différend indopakistanais relatif aux droits de transit (jusqu’à fin 2007, Islamabad réclamait une redevance de 57 cents par MBTU, New Delhi proposant pour sa part 15 cents…), le « peace pipeline » suscite à nouveau l’optimisme de ses principaux promoteurs, diplomates et ministres indiens et pakistanais étant semble-t-il parvenus le week-end dernier à aplanir cet

égard de redevances jusqu’alors rédhibitoire. « L’accord IPI pourrait se conclure prochainement » s’enthousiasme M. Deora, l’hyperactif ministre indien du pétrole et du gaz naturel (The Hindu, 28.04). Une bonne nouvelle qui succéda, dans un registre très proche, à une autre annonce collégiale émise peu avant, fédérant elle aussi les pays détenteurs de gaz naturel, transitaires potentiels et destinataires finaux.

Renaissance et relance. Réunis en début de semaine dernière dans la fébrile Islamabad, des émissaires indiens, afghans, turkmènes et pakistanais jetèrent les bases d’un accord énergétique régional ambitieux, initié lui aussi une douzaine d’années plus tôt : le gazoduc Turkménistan- Afghanistan-Pakistan-Inde (TAPI). Esquissé dès 1995 par les gouvernements turkmène et pakistanais, il a pour dessein d’extraire des abondantes réserves gazières turkmènes la précieuse ressource naturelle pour la destiner, en transitant par le territoire afghan, aux marchés du souscontinent indien. Une entreprise qui se relance à point nommé au printemps 2008, période de grande tension sur le cours mondial des hydrocarbures

(voir graphique ci-contre). On notera avec gourmandise qu’en 1996, un consortium (Central Asia Gas Pipeline Ltd.) piloté par Unocal — société pétrolière américaine — se forma pour défendre la viabilité politique et la faisabilité technique du projet. Deux ans plus tard, les talibans afghans, régnant sur Kaboul (jusqu’en 2001), sélectionneront ce consortium au détriment d’un compétiteur brésilien... Après le renversement du régime obscurantiste taliban et le retrait d’UNOCAL du projet, une période de flottement fut observée. Un préaccord confirma en 2002 les (bonnes) intentions d’Achgabat, de Kaboul et Islamabad, avant que la porte ne s’ouvre à l’Inde peu après.

De l’enthousiasme (et du gaz) à revendre. Intarissables sur l’opportunité et la faisabilité du projet TAPI, ses promoteurs pakistanais, turkmènes, afghans et indiens ont fait assaut d’optimisme lors de la récente rencontre d’Islamabad, nonobstant le doublement du coût de réalisation (estimé à 3.5 milliards $ en 2005 ; à 7.6 en 2008) et l’incertitude pesant sur le volume avéré des réserves de gaz naturel (le ministère turkmène du pétrole et du gaz avance le chiffre de 8 000 milliards de m3). D’ici la prochaine réunion de cette assemblée quadripartite (New Delhi ; oct. 2008), on en saura davantage sur la disponibilité de cette ressource.

Obstacles et réalités. Au-delà de l’euphorie ambiante et quelque peu précipitée et, sans remettre en cause l’indiscutable pertinence multiforme (proximité géographique entre l’offre et la demande ; raréfaction de l’offre mondiale ; besoins considérables de l’Inde ; concurrence acharnée de la Chine ; cours du pétrole au plus haut ; moindre coût du gaz naturel ; pollution ; etc.) du binôme énergétique IPI / TAPI, force est néanmoins de relever l’existence d’une batterie d’interférences et d’obstacles, d’origines et de natures diverses, compliquant cette trame régionale enjouée :

une insécurité régionale rédhibitoire : le TAPI transite successivement par le territoire afghan, en proie à la résurgence talibane et aux attentats que l’on connaît, avant de relier le sud-ouest pakistanais et le Baloutchistan, lui-même exposé aux exactions de divers mouvements séparatistes et / ou terroristes. La réalisation physique (exposition des personnels) et la sécurité quotidienne du gazoduc, une fois étiré sur des centaines de kilomètres où l’autorité de l’Etat est toute théorique, ne peuvent à l’heure actuelle être garanties. L’exposition du IPI au péril sécuritaire est toute aussi patente, le Baloutchistan pakistanais, ses gazoducs et installations provinciales subissant déjà quotidiennement les assauts (attaques ; explosions ; destructions) de divers acteurs locaux, telle la Baloch Liberation Army. Dans cette province méridionale comme ailleurs dans le pays, les talibans pakistanais, la nébuleuse terroriste Al Qaïda, ne se priveraient probablement pas de frapper à loisir pareil symbole. 

ingérence extérieure : opposés à la réalisation du gazoduc IPI en ce qu’il servirait les intérêts politiques et économiques iraniens, les Etats-Unis pèsent de tout leur poids sur leur allié indien pour qu’il boycotte cette entreprise. Leur insistance sans cesse renouvelée explique en grande partie le renouveau d’intérêt pour le TAPI, projet appuyé par la Banque Asiatique de Développement… et cautionné par Washington.

contingences intérieures : les rapports entre New Delhi et Islamabad conditionnent la viabilité des 2 projets, lesquels transitent l’un comme l’autre par l’instable territoire pakistanais ; or, dans un contexte de raidissement (nombreux par le passé) indo-pakistanais, la « prise en otage » de l’approvisionnement énergétique indien pourrait être étudiée par Islamabad. Dans un registre différent, à un an des élections générales, le gouvernement indien est exposé à l’ire de divers acteurs influents (cf. parti communiste), lesquels lui reprochent un alignement de plus en plus marqué sur « l’allié stratégique » américain ; au point que le 1er ministre M. Singh semble partisan d’un gel momentané des laborieuses négociations avec Washington sur l’accord de coopération nucléaire civil, au grand mécontentement de l’administration Bush. Or, à la recherche d’une stature internationale à sa mesure, on voit mal New Delhi courroucer la puissante Amérique à 2 reprises, qui plus est en contractant avec Téhéran, l’honnie. A ce titre, la visite demain 30 avril du chef de l’Etat iranien à New Delhi mérite un intérêt particulier.


Olivier GUILLARD

Directeur de recherches Asie à l’iris

Associé Crisis Consulting


http://www.iris-france.org/docs/pdf/actu_asie/2008-04-29.pdf

Dimanche 24 août 2008
Considérations sur l’évolution contemporaine de la Chine
MARION Christophe
 
photo : idéogramme chinois pour "dragon" (il paraît)
A l’approche des Jeux Olympiques de Pékin, la campagne anti-chinoise redouble d’intensité et de violence dans les médias occidentaux. Il n’est désormais point de journée où les médias ne focalisent leur attention de façon critique sur tel ou tel aspect de la préparation de l’événement. Cette lancinante et obsessionnelle campagne fait écho et continuum avec la flambée de critiques survenue lors des événements du Tibet, en mars 2008. Elle s’était alors cristallisée sur le passage de la flamme olympique dans un certain nombre de capitales occidentales.

Pour les instigateurs de ces philippiques anti-chinoises, il s’agit tout d’abord de priver la Chine par anticipation, du prestige que confère habituellement l’organisation d’un tel événement au pays qui l’accueille.

Pour autant, ces manifestations, d’évidence magnifiées et médiatiquement surexposées, porte une signification qui va bien au-delà du caractère ponctuel des événements récents. En effet le tropisme anti-chinois s’inscrit dans une posture permanente des élites occidentales à l’égard de la Chine. La mise en accusation des régimes asiatiques est un élément constant et récurrent de la rhétorique des dirigeants occidentaux. Aux USA, on appelle cela le China bashing, américanisme que l’on pourrait traduire par « taper sur la Chine » ou plus prosaïquement « casser du chinois », qui a pris le relais du Japan bashing des années 1980 -1990 où l’hystérie anti-japonaise atteint son paroxysme au moment des Accords de Plazza. (1)

Cette hostilité revêt dans le cas de la Chine une dimension supplémentaire, liée à la présence au pouvoir du Parti communiste dans ce pays. Formatée par des décennies d’anti-soviétisme, la presse occidentale - pour laquelle les régimes communistes sont ontologiquement criminogènes -, retrouve avec la Chine de quoi pallier l’état de manque addictif dans lequel elle se trouvait depuis le démantèlement de l’Union soviétique.

La Chine se trouve accusée de tous les maux. Ses contempteurs mettent en avant l’accusation majeure selon laquelle elle n’est pas un partenaire loyal, car elle utiliserait à son profit les mécanismes du marché et du commerce international sans se rallier véritablement aux règles du libre-échange. Ces pratiques, qualifiées de néo-mercantilistes, placeraient la Chine dans une position d’avantage comparatif asymétrique. Son mode de développement contribuerait à évider l’appareil industriel des USA et de l’Europe et ferait de ce pays un des principaux responsables de la stagnation économique des nations occidentales. Enfin, les attaques du régime chinois pour son autoritarisme et son non-respect des droits de l’homme, pour répétitives et obsessionnelles qu’elles soient, ne sont invoquées que pour draper le tout d’un voile vertueux, à prétention universaliste. La plupart des peuples asiatiques ont pu goûter dans leur histoire, lorsqu’ils subissaient le joug colonial européen, aux bienfaits de la politique des droits-de-l’homme à la sauce européenne.

Cette campagne intervient dans un contexte marqué par une forte dégradation de l’environnement économique international. L’essoufflement de l’activité américaine conjugué à l’atonie européenne a provoqué un retournement du cycle de croissance de la décennie antérieure et rien n’indique que la crise financière déclenchée l’automne dernier aux USA ne prenne un caractère systémique, ou plus exactement tout indique qu’elle peut revêtir, à tout moment, un effet de contagion globale. Sur ce plan, la crise dite des « Subprimes » ne constitue qu’un des avatars de la crise de suraccumulation à dominante financière qui secoue périodiquement, avec des fréquences rapprochées, l’économie mondiale depuis une dizaine d’années, depuis précisément le déclenchement de la crise asiatique des années 1997 – 1998.

Si la plupart des nations asiatiques ont retrouvé le chemin de la croissance, les nations occidentales n’ont cessé de voir leur situation économique se dégrader, entraînant dans leur sillage la plupart des économies du monde.

Cette situation de crise endémique tranche singulièrement avec le processus de croissance et de développement que connaissent l’Asie et ses deux nations les plus peuplées que sont la Chine et l’Inde, Chindia, pour reprendre le néologisme en vogue chez les nouveaux experts de l’asiatologie. Ces deux nations, qui rappelons-le comptent pour plus de 40% de la population mondiale, sont les deux champions de la croissance avec respectivement 11.4% pour la Chine et 9.4% pour l’Inde en 2007.

Mais c’est la progression spectaculaire de l’économie chinoise qui reste indéniablement l’élément majeur de l’évolution récente. En l’espace d’une seule génération, ce pays est devenu un acteur décisif de l’espace asiatique mais aussi de la donne économique mondiale. Son évolution a un effet d’entraînement sur la région et contribue à façonner l’amorce d’une nouvelle économie-monde à dominante asiatique.

Il est indubitable qu’à la suite des nations asiatiques et dans le sillage du Japon, la Chine connaît une phase de croissance élevée et soutenue sur une longue période. Ces transformations sont d’autant plus remarquables qu’elles se sont accomplies en un laps de temps historiquement bref. Ce développement impétueux qui confère à la Chine et à l’Asie orientale le statut de pôle potentiellement dominant des décennies à venir, n’est pourtant ni le fruit d’un essor spontané, ni le résultat d’un processus exclusivement endogène.

Il est devenu commun de présenter cette évolution comme la conséquence de la mise en place, à partir de 1978, de la politique dite des « 4 modernisations », et notamment l’ouverture, à partir de 1984 des « Zones économiques spéciales », zones franches ou Export Processing Zones, dotées d’un cadre réglementaire favorisant l’accueil des IDE (Investissement Direct Etranger). Rappelons d’abord que peu de gens prêtaient attention à la réforme économique chinoise, si ce n’est pour en prédire l’échec certain. S’il est toutefois incontestable que cette politique d’attraction du capital et de la technologie étrangère a constitué le facteur accélérateur de la spirale de développement que le pays connaît, il importe de la ressaisir dans les conditions générales d’ensemble et notamment l’arrière plan historique sur lesquels il s’est fondé.

C’est lors de l’arrivée au pouvoir du Parti communiste et de Mao Ze Dong en 1949 que se situe la grande césure historique contemporaine de la Chine, son entrée dans une ère de modernité, en quelque sorte. Jusqu’alors, le pays stagnait dans un des régimes féodaux les plus archaïques de la planète depuis plus d’un siècle lorsque la dynastie des Qing ( 2), en pleine déliquescence, n’avait pu s’opposer à la mise en coupe réglée du pays par les puissances occidentales. Les Traités inégaux imposés à leur instigation faisait des chinois des citoyens de seconde zone dans leur propre pays. L’essentiel des richesses était aux mains des légations occidentales qui n’hésitaient pas à utiliser le langage de la canonnière pour imposer leur ordre, comme lors de la révolte des Boxers en 1900.

Le nouveau pouvoir communiste va révolutionner de fond en comble ce rétrograde régime féodal et la Chine va entamer dés lors une irrésistible trajectoire de développement. Certes, son évolution fut contradictoire et parfois chaotique, comme le furent tous les processus d’industrialisation rapide ; rappelons que moins d’un siècle plus tôt, la révolution industrielle américaine provoqua la quasi-extermination des populations autochtones, la mise en esclavage de millions d’africains et la surexploitation des…coolies chinois, expulsés du pays après la construction des chemins de fer. Ces mutations permirent au pays de sortir du carcan féodal et de son cortège de misère et d’analphabétisme massif. De plus, en l’espace d’une seule génération, le pays accomplit une longue phase d’accumulation qui a doté le pays d’un imposant appareil infrastructurel, qui allait constituer un socle consistant pour amorcer un régime d’accumulation plus intensif.

Plus que la croissance mesurée par les agrégats physiques habituels (PIB/PNB) qui reste incertaine, l’évolution des indicateurs « anthropologiques » nous parait être plus révélatrice de l’ampleur des changements. Ainsi la mortalité infantile (ce fléau endémique de l’Asie) a reculé de façon considérable. L’espérance de vie est passée de 35 à 70 ans en trois décennies, ce qui en dit long sur l’accès massif aux soins médicaux. Enfin, la priorité donnée à l’éducation de masse a pratiquement éradiqué l’analphabétisme. Ces transformations colossales, dans un pays de cette taille, se sont accomplies dans le cadre d’un grand égalitarisme social et régional. Or, il s’agit là de deux des principales sources de la croissance ultérieure. Toutes les composantes de cette nation continent ont bénéficié de ces progrès et plus particulièrement la province du Tibet, tant idéalisé par les élites occidentales d’aujourd’hui, qui disposait alors du régime social le plus archaïque. C’est par ailleurs la résistance du pouvoir théocratique local à ces changements qui provoqua le conflit de 1959 et la fuite du Dalaï Lama.

C’est précisément tout le génie politique de Deng Xiao Ping, ce vieux compagnon de la longue marche, que d’avoir compris toutes les limites et les blocages d’un régime de production prioritairement axé sur l’accumulation dans l’industrie lourde, mais aussi d’avoir pressenti tout l’insondable potentiel de développement qu’il recelait

Trois décennies plus loin, nous retrouvons une Chine qui a accompli de nouvelles mutations comportant, comme tout processus de développement, des pôles contradictoires et des orientations complexes. A bien des égards, la Chine d’aujourd’hui est devenue méconnaissable. Le processus d’industrialisation poursuit sa progression mais change de nature. Principalement fondé au départ sur les industries de main d’œuvre (Labor Using), l’appareil industriel est passé à un nouveau stade de maturité, basé sur une montée en gamme technologique, incorporant sans cesse plus de technologie et donc de valeur ajoutée. Sans se constituer comme un pôle technologiquement autonome, le pays prend des positions de plus en plus affirmées dans un certain nombre de filières encore sous monopole occidental, il y a peu. Il est en train d’endogénéiser les moteurs de la croissance que sont la recherche et l’innovation. L’émergence de firmes multinationales locales, ces Chaebols (3) à la chinoise, capables de déployer une stratégie de développement internationale et d’être des Global Players, en constitue l’expression tangible.

Toutefois, le reproche qui est fait à la Chine de capter l’essentiel des investissements ne tient pas la route. Contrairement à une idée répandue, ce n’est pas vers les marchés émergents que se tournent prioritairement les investisseurs US et européens mais bien de façon croisée. Plus de 50% du stock des IDE est basé en Europe et Bernard Cassen (4) rappelle que les seuls investissements US aux Pays-Bas sont le double que ceux destinés au Mexique. Par ailleurs, les principaux investisseurs étrangers en Chine proviennent de la communauté chinoise en Asie.

S’il est vrai que l’on estime que 80% des 500 plus grandes firmes multinationales investissent en Chine, les flux les plus importants proviennent de la diaspora chinoise en Asie. Par ailleurs, 65% du commerce extérieur chinois est le fait de réexportation pour le compte de ces mêmes multinationales. Ce n’est pas le made in China qui en est la cause, ce sont ces mêmes firmes qui utilisent le sol chinois en quête de meilleurs avantages comparatifs (c’est-à-dire de perspectives de profits plus importantes). On considère que la Chine récupère entre 20 et 25% du produit.

L’hypocrisie occidentale atteint son paroxysme quand ces mêmes personnes se répandent sur les plateaux des TV en péroraisons larmoyantes sur les conditions de vie et de travail des salariés chinois. Dans un ouvrage récent, Martine Bulard (5) nous rapporte qu’à l’occasion du débat sur le code de travail à l’Assemblée nationale chinoise, le représentant de la commission européenne estimait qu’une régulation trop stricte du travail pourrait amener les firmes européennes à reconsidérer leurs activités en Chine. Lui faisant chorus, la Chambre de commerce US à Shanghai a directement écrit à l’Assemblée populaire pour faire retirer des dispositions jugées trop sociales.

Nous touchons là un des aspects les plus contradictoires du « Compromesso Storico » inauguré par Deng Xiao Ping. Le processus de modernisation actuel est en effet complexe. Jeremy Rifkin (6) mentionne que les délocalisations ou relocalisations d’activité sur le territoire chinois provoque aussi la destruction d’emplois industriels en grand nombre et il estime cette perte d’emplois industriels à 15 millions entre 1995 et 2002, soit 15% de la main d’œuvre productive.

La direction du pays ne reste pas inactive et si les médias occidentaux se donnaient la peine de rendre compte de la réalité chinoise, beaucoup seraient étonnés de la richesse et de l’intensité du débat public en Chine. Ainsi, le mot d’ordre officiel « Pour une société harmonieuse » adopté par le dernier congrès du PCC en 2007, ne fait pas mystère de la reconnaissance implicite par le régime des contradictions que génèrent le régime de croissance chinois et des risques de déstabilisation sociale qu’il implique. Mais il est aussi l’expression d’une volonté politique clairement affiché de donner à ce développement une perspective qui intègre l’ensemble de la société chinoise.

Dans ce domaine aussi, les pourfendeurs du régime ne reculent devant aucune posture schizophrénique. On fait reproche au pouvoir de maintenir un secteur public démesurément grand et vorace des fonds publics. C’est oublier que les grandes entreprises publiques, les Danweï , continuent de jouer un rôle de régulation sociale en offrant aux salariés toute une série de services sociaux, y compris à ceux qui ont perdu leur emploi et qui peuvent continuer de bénéficier de ces services, les Xiagang . Il en va de même en ce qui concerne les mouvements migratoires à l’intérieur du pays. C’est un autre sujet que nos vertueux médias se complaisent à évoquer. On sait que les Mingong , migrants en provenance des provinces rurales, suscitent un intense débat national et que l’adoption d’un statut nouveau est en discussion.

Par ailleurs, depuis 1997 fonctionne un plan de coopération interrégionale dans lequel chaque province riche doit parrainer une province pauvre en lui proposant des investissements et une aide technologique. Ces décisions subissent souvent des inflexions liées aux luttes sociales existantes dans le pays, car la Chine est tout sauf le bloc socialement monolithique que l’on se complaît à caricaturer.

Il faut comprendre que ces critiques visent autre chose que les déficits démocratiques et le manque de transparence du régime. Car ce qui est en jeu au travers des attaques systématiques contre la Chine, est d’une nature bien différente. En effet, les raisons essentielles des succès économiques chinois tiennent à la nature de sa politique économique et à la structure de son régime de production. Comme le note Joseph Stiglitz , ce sont les traits structurels de son économie, et notamment la maîtrise de ses politiques budgétaires et monétaires, la policy mix, qui a épargné à la Chine le souffle déstabilisateur que fut la crise financière asiatique de 1997 – 1998. Il dresse le constat que l’étendue de la crise fut inversement proportionnel au degré d’ouverture des économies, contrairement à ce que ne cesse de clamer la doxa néo-libérale. Grâce au maintien du contrôle des changes, le pays a pu se mettre à l’abri des effets de contagion que la chute en cascade des monnaies voisines aurait provoquées.

Non seulement la Chine a totalement évité la récession mais elle a répondu à la crise en suivant une politique contracyclique, c’est-à-dire une politique monétaire et budgétaire expansionniste, Seul pays à avoir gardé le contrôle des changes et à refuser les pressions du FMI, avec le Yuan arrimé au dollar, elle a contribué à asseoir une certaine stabilité dans la région. Elle s’est même permise d’accorder des prêts à intérêts réduits, ou des aides aux pays voisins, gagnant ainsi leur confiance. En somme, comme le souligne à nouveau J. Stiglitz , les pays qui réussirent le mieux pendant et après la crise asiatique ont été ceux qui n’ont pas suivi la recette standard du FMI et du Trésor US, donc en faisant exactement le contraire de ce que ils imposaient aux autres pays de la région. Elle a rétrospectivement gagné le bras de fer qui opposait les pays de la région à la pax americana, symbole de l’ordre existant.

Ce faisant, la Chine ne fait que renouer avec son histoire précoloniale et retrouve progressivement la place qu’elle occupait avant 1800, quand elle était un des cœurs de l’économie mondiale et la première puissance manufacturière de la planète. Elle se trouvait alors au centre d’un réseau dense d’échanges régional, établi depuis des siècles, l’Asie étant la zone principale de production et de profit du monde. De nombreuses études contemporaines concordent pour rappeler la prééminence économique, technologique et commerciale de l’Empire du milieu et de l’Asie en général. Et certains de rappeler que, au plus fort de sa puissance, du XIe au XVIIe siècle, la Chine a possédé la plus grande flotte du monde, disposé de réels atouts économiques et technologiques, sans jamais avoir détruit ni peuples ni civilisations, contrairement aux Européens Déjà, Adam Smith , indiquait en 1776, que : « La Chine est un pays bien plus riche que toutes les contrées d’Europe ». Plus prés de nous, les études du grand historien de l’économie, Paul Bairoch , montrent, qu’en 1750, l’Asie prise au sens large représentait 80% du PNB mondial avec 66% de la population. Ce n’est qu’au milieu du 19ième siècle que l’Euro Amérique s’est emparée du leadership. Comme le souligne Philip Golub , c’est à partir de la colonisation, qui provoqua la fracture Nord-Sud et la création des « tiers-mondes », fracture induite par la révolution industrielle européenne et la colonisation, que la Chine et l’Asie perdirent leur statut dominant Dans une perspective longue, la Chine, comme d’ailleurs l’Asie dans son ensemble, serait donc en train de renouer avec leur passé, après une brève interruption historique.

Pour les dirigeants euro-américains, le modèle de croissance asiatique ne serait plus adapté aux conditions nouvelles d’un monde globalisé, entendons par là qu’il ne correspond pas aux besoins du cycle du capital des firmes transnationales . Car ce qui est visé par les USA, le FMI et autres, c’est non seulement les pressions pour la réévaluation du Yuan comme ce fut le cas avec le Japon en 1985 et la Chine est maintenant à son tour accusée de dumping monétaire, c’est à dire d’avoir une parité sous évaluée qui serait à l’origine du déficit commercial des USA. Mais il s’agit là d’une critique de forme car beaucoup redoutent le possibles effets pervers d’une hausse excessive qui ferait baisser d’autant le dollar.

Non, ce qui est visé va bien au-delà de la question monétaire et comme le fait observer Philip. S. Golub (in « Pékin s’impose dans une Asie convalescente », Le Monde diplomatique, octobre 2003 ), ces critiques participe d’un véritable rapport de force constitué de pressions intenses ayant en partie pour objet de contraindre les nations asiatiques à :

« Réévaluer leurs monnaies… et ouvrir leurs systèmes financiers au commerce et aux investissements américains ».

Il s’agit de tenter d’imposer à la Chine la libération de son compte de capital et la fin du contrôle des changes, c’est-à-dire l’abandon de sa souveraineté monétaire. En d’autres termes, on exige de la Chine qu’elle fasse éclater « les cadres de contrôle étatique de son économie », pour reprendre l’expression de Susan Strange. En effet, les énormes réserves accumulées, produit des excédents commerciaux continus, ont généré un volume considérable de capital pur, selon la terminologie de Michel Aglietta. Couplé avec un fort taux d’épargne des ménages, ces excédents constituent une manne considérable qui fait saliver tous les requins de la finance, en premier lieu les banques occidentales qui font face à une grave crise de liquidité. De là, les pressions pour que la Chine procède à la levée du contrôle des changes qui permettrait de libérer les considérables réserves de change accumulées par les banques chinoises et les rendre disponibles pour satisfaire l’insatiable appétit des mécanismes du marché. La libération de ces sommes se traduirait par une fuite accélérée des capitaux et un renforcement des mouvements spéculatifs. Elle priverait la Chine, d’après le principe d’incompatibilité du Triangle de Mundell, de toute capacité de piloter son développement de façon autonome.

Voilà le véritable enjeu du rapport de forces que le condominium euro-américain tente d’imposer à la Chine et au reste du monde. On comprendra plus facilement la récurrence obsessionnelle des thèmes liés au manque de liberté qui n’est que la transposition métaphorique d’une toute autre liberté, celle de la libre circulation totale du capital, sans qu’aucune zone de la planète ne puisse en entraver le cycle reproductif.

Le système économique mondial est fondé en effet sur des bases que tout le monde s’accorde à trouver extrêmement fragiles. L’économie américaine hégémonique depuis plus d’un demi-siècle vit à crédit. Elle achète 50% de plus qu’elle ne vend à l’étranger. Et ce sont les investisseurs internationaux qui, par leur acquisition de bons du Trésor américains, financent le train de vie des USA. Cet ajustement par le dollar présente l’avantage de reporter les coûts sur le reste du monde, puisqu’il revient à prendre de la croissance, des emplois et de l’épargne ailleurs. Un dollar anémique favorise la compétitivité des produits fabriqués aux USA ; il rend les achats d’actifs américains plus attrayants pour les investisseurs étrangers et dévalue une dette extérieure estimée à 3 000 milliards de dollars.

Dans ces conditions, la mondialisation financière courante ne constitue qu’une formidable machine de drainage unilatéral de l’épargne mondiale vers le centre mondial, sans engagement institutionnel de recyclage des excédents ni de mécanisme monétaire stabilisateur, maximisant intrinsèquement le risque non seulement de liquidité, mais également de revenu, de marché, de système. Ce mécanisme qui tend à s’auto reproduire a sans cesse toujours besoin de capter l’épargne disponible ou au pire de la fabriquer ex-nihilo comme l’a révélé la crise des subprimes.

Paul Krugman rappelle que jusqu’à présent, il a existé un équilibre précaire entre les besoins de financements extérieurs de l’économie américaine et les excédents financiers asiatiques, japonais et chinois notamment. Mais on peut s’interroger avec lui jusqu’à quand ce « Conte de fées » va durer et quand une crise de déstabilisation générale surviendra ?

Ce ne sont donc pas les économies asiatiques qui constituent la menace majeure des emplois européens ou d’ailleurs. Il faut d’abord tordre le cou au postulat selon lequel les délocalisations et la fuite des capitaux seraient la cause de la stagnation économique en Europe. Car les sociétés contemporaines ne sont pas malades de surconsommation, comme le prétend la théorie libérale et monétariste, mais sont au contraire victimes de l’insuffisance de la consommation et du gonflement excessif de l’épargne. En effet, les actifs financiers absorbent une part croissante de l’épargne aussi bien nationale qu’internationale : l’épargne financière prélevait 31.9% de l’épargne nationale en France en 1983, elle en prélève à présent près de 66%. Aux Etats-Unis les actifs financiers captent à présent 84% de l’épargne nationale.

Selon Kostas Vergopoulos, concentrés sur la finance, les investissements productifs se réduisent à des niveaux tout à fait insuffisants et cela survient non pas parce que les capitaux s’enfuient à l’étranger en vertu de la mondialisation, mais parce qu’ils s’enfuient sur place, dans la sphère financière. La délocalisation est un phénomène de nature organique, interne au procès de transformation du capital, et non pas seulement géographique.

Diversement baptisée « surproduction », « surcapacité » ou « suraccumulation », c