L’heure de la riposte

Publié le par Pour la République Sociale

Suppressions de postes, heures supplémentaires, réduction du volume horaire et appauvrissement des enseignements : le « plan Darcos » passe mal. Une vingtaine d’organisations lancent un plan d’action.

« Pas tendu », le climat, comme l’affirme Xavier Darcos ? Une semaine avant la rentrée des classes, les principales organisations de l’Éducation, syndicats, parents d’élèves, mouvements lycéens et étudiants, mouvements d’éducation populaire, soit plus d’une vingtaine de membres, annonçaient une journée d’action pour le 11 septembre. Pas une mobilisation ponctuelle mais le coup d’envoi d’un plan d’action sur l’année, assorti d’une campagne pour mobiliser l’opinion contre le « plan Darcos ».

Lycéens et parents d’élèves ont manifesté, le 28 mars, devant la préfecture de Versailles contre les suppressions de postes d’enseignants. Guay/AFP

« Concernant les réformes dans le primaire, le ministre a toute l’Éducation nationale contre lui, mais aussi l’Association des maires de France », signale Jean-Jacques Hazan, président de la FCPE, principale fédération de parents d’élèves (voir entretien). Le score de Darcos n’est pas meilleur dans le secondaire : « Le calendrier fixé pour la réforme des lycées est inepte, rien n’a été budgété », s’offusque le Syndicat des enseignements du second degré (Snes). Sans parler du détail même des réformes. En tête desquelles, les suppressions de postes (11 200 en 2008, 13 500 en 2009) contre l’instauration d’heures supplémentaires ; la réduction du volume horaire dans le primaire, qui se traduit par un gonflement des journées ; la réforme des programmes de primaire ; le lancement de la réforme du lycée ; les méfaits de l’assouplissement de la carte scolaire ; et les promesses non tenues concernant la revalorisation du métier d’enseignant.

Le 27 août, dans Paris-Match, le ministre affirmait : « L’offre éducative sera meilleure que celle de l’année précédente, grâce à un taux d’encadrement légèrement supérieur. Nous avons perdu plus d’élèves que prévu. Pour la rentrée 2007, en maternelle et en primaire, nous avions anticipé une hausse de 40 000 élèves. Au total, leur nombre a diminué de 960. Au collège et au lycée, nous avons perdu 50 000 élèves au lieu des 25 000 prévus. Aucune classe ne comptera 40 élèves. » C’est à voir. Plus personne n’ose défendre l’argument démographique du « moins de profs parce que moins d’élèves ». Sauf à rester dans une vision à très court terme : la rentrée 2008. À bien y regarder, estiment syndicats et parents, les populations entrant au collège et au lycée, en légère baisse cette année, vont exploser en 2010, du fait de l’accroissement actuel en primaire. Comment le démontrer avec certitude ? Pour la première fois depuis quinze ans, aucune prévision récente concernant les effectifs d’élèves n’a été publiée en amont de la rentrée. Idem pour le budget. Seul chiffre sûr : les 11 200 suppressions de postes en 2008, dont 8 830 pour les enseignants du second degré. Pour compenser : 5 000 emplois supprimés seraient transformés en heures sup. Mais, problème, le slogan « travailler plus pour gagner plus » ne semble pas prendre dans les écoles, l’enthousiasme des enseignants pour les heures sup n’est pas à la hauteur de ce que le ministère escomptait. Quant à la revalorisation du métier d’enseignant, tant défendue par le ministre que par le président Sarkozy, « les engagements chiffrés pour 2008 n’ont pas été tenus », d’après le Snes. La moitié des crédits dégagés par les suppressions d’emplois sont censés servir à la revalorisation, soit plus de 106 millions d’euros. Des mesures ont été prises, comme le versement d’une prime de 1 500 euros aux nouveaux enseignants ou la rémunération de l’accompagnement éducatif pour les conseiller principaux d’éducation et les certifiés documentalistes. Mais le compte n’y est pas. Pire, le versement d’une prime annuelle de 500 euros aux enseignants acceptant de travailler plus de 3 heures supplémentaires est jugé « inacceptable ». Pour la bonne raison que cette mesure, qui coûte 20 millions d’euros, presse les enseignants de justifier les suppressions de postes de leurs collègues !

Enfin, quel renouveau pédagogique derrière ces mesures d’économies ? 

Le 26 juillet, dans le Monde, le ministre faisait paraître une tribune assurant : « Le sarkozysme est l’allié de l’école ». Un texte qui a déclenché des indignations en rafale. Dont celle de l’historien de l’éducation Antoine Prost, parue dans le Monde deux jours plus tard sous le titre « Un Munich pédagogique », et qui a donné lieu à une pétition intitulée : « Évitons la catastrophe ».

http://www.politis.fr/L-heure-de-la-riposte,4341.html

Ingrid Merckx


Publié dans prs69

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