Dimanche 19 octobre 2008
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Publié dans : prs69
Jean-Marc Sylvestre a une fois encore donné le meilleur de lui-même, ce jeudi
matin sur France-Inter. Il a consacré sa chronique quotidienne à la fonction publique, dont le coût, dit-il, « est devenu insupportable à l’économie française ».
Heureusement, ajouta-t-il, « je crois que la pédagogie est entrée dans l’opinion publique ». La
pédagogie ? Elle arrive : « La France n’a plus les moyens, qu’on le veuille ou non – et ça, c’est ni de droite ni de gauche – elle n’a plus les moyens de consacrer plus de 50%
de sa production, de ses richesses produites, au financement de la dépense publique. D’autant que cette dépense publique est à plus de 80% une dépense de fonctionnement, c’est-à-dire une dépense
de personnel, une dépense d’effectifs ».
C’est exactement cela. Enfin, presque. Disons : pas tout à fait. Le graphique (cliquez dessus pour l’agrandir)
montre la répartition de la dépense publique en 2007. Les salariés ont coûté 243 milliards d’euros sur 991 milliards. C’est un peu moins du quart. Il suffisait d’aller regarder les chiffres sur
le site de l’Insee. Mais bon, un quart ou 80%, quelle différence si c’est pour la bonne cause ?
Un peu plus loin, Sylvestre y va de sa suggestion. La fonction publique
« ne paraît pas efficace à l’usager. Elle n’a pas été modernisée, adaptée ». C’est, dit-il « une question d’intéressement des personnels ». Et il annonce la
couleur : « Je vais dire une grossièreté… ». L’auditeur en a vu d’autre. « Mais on pourrait peut-être inventer des systèmes d’intéressement ou même – allons-y –
des stocks options pour les agents de la fonction publique ».
Exactement. Enfin presque. Pas tout à fait cependant. L’Etat n’étant pas une entreprise cotée en Bourse, nul n’en
détient la moindre action. L’idée de distribuer à ses agents des options d’achat d’actions est un non sens. Les précautions prises pour se donner de l’élan –« je vais dire une
grossièreté », « allons-y » - suggèrent malheureusement qu’il ne s’agit pas d’humour. C’est de la sottise à l’état pur, la perle du matin.
Ce n’est pas fini. Sylvestre est tombé sur un chiffre qui justifie les suppressions de postes. « Quand
Xavier Darcos constate que plus de 23.000 enseignants, aujourd’hui – c’est un dossier explosif – ne font pas classe, parce qu’ils n’ont pas d’élèves et parce qu’ils font autre chose, qu’ils ont
été détachés, il ne fait qu’un constat de bon sens. 23.000 sur 210.000 au total, un sur quatre ! Alors quand Xavier Darcos veut supprimer 11.000 postes, entre nous, les parents d’élèves ne
s’en apercevront pas beaucoup ».
C’est exactement cela. Enfin presque. Pas tout à fait. 23.000 sur 210.000, cela fait un peut plus d’un sur dix. Mais
un sur dix ou un sur quatre, quelle différence, si c’est pour la bonne cause ? Au demeurant, les enseignants des premier et second degrés sont 884.000 et non pas 210.000. Ce qui donne un sur
trente-huit. Mais bon, un sur quatre, un sur dix ou un sur trente-huit, etc.
Le service public de la radio a-t-il encore les moyens de s’offrir les services d’un éditorialiste économique qui dit des sottises et qui ne sait pas compter ? Les usagers pourraient aller
jusqu’à le trouver inefficace et réclamer un service minimum
http://dechiffrages.blog.lemonde.fr/2008/05/15/jean-marc-sylvestre-la-perle-du-matin/