Echo de la gauche belge : Mélenchon, pour l’Europe

Publié le par Pour la République Sociale

L’électeur belge n’en a sans doute guère conscience mais un mouvement tectonique d’ampleur est en cours en Europe, qui va voir, selon toute vraisemblance, une recomposition profonde du paysage politique à gauche et au centre dans les années à venir. Face au déferlement de la droite européenne qui se croit tout permis et oeuvre vaillament à l’établissement d’une nouvelle barbarie (le terrain des migrations en constituant un des laboratoires, la destruction des mécanisme de solidarité son étendard), face à l’indigence d’une social-démocratie en totale déroute idéologique et qui a largement permis, par sa déréliction presque délibérée, le triomphe de la droite et de l’extrême-droite (laquelle est plus menaçant que jamais, banalisée sous des traits respectables grâce à son accès à divers gouvernements), face aux partis verts dont les directions mettent malheureusement le cap au centre (certains élus font exception, mais ce n’est pas significatif), une réaction se fait jour à l’échelle européenne, avec la constitution d’un courant et même d’un parti européen de gauche, le PGE. Enfin !

On en a déjà parlé, Die Linke a ouvert la voie en Allemagne. Mais ce nouveau courant, rassemblant syndicats de base, altermondialistes et déçus de la social-démocratie, qui est aujourd’hui en situation de contester le leadership historique du SPD (dont la décrépitude idéologique est encore plus marquée que celle du PS français, ce qui n’est pas peu dire), restait bien seul en Europe en l’absence de partenaires significatifs dans les autres grands pays européens. Même l’Italie, où pourtant la tradition de la gauche de gauche est plus forte que dans bien d’autres lieux, a vu la terrible déroute de l’Arc-en-ciel (composé des verts et de Rifondazione) lors des élections de cette année. En France, le PCF, malgré son réseau militant impressionnant (plus de 100.000 militants), malgré son implantation locale solide dans certaines villes, malgré l’Huma et malgré sa fête, ne constitue vraisemblablement plus un poids significatif à l’échelle européenne, ce dont témoigne le score réalisé lors des dernières élections, notamment la présidentielles de 2007 (1,93% pour Marie-Georges Buffet).

L’annonce, aujourd’hui, du départ du PS de Jean-Luc Mélenchon — à qui vous savez que je porte une estime profonde |1| — et de Marc Dolez — mais avec eux, surtout, de nombreux militants et d’un courant organisé —, pourrait changer la donne.

D’une part, ce départ va sans doute accélérer la conversion du PS français en un parti de droite modérée (on espère qu’il pourra rapidement renoncer à revendiquer un quelconque caractère socialiste dont il n’est de toute évidence pas digne), dont on suppose qu’il ne va pas tarder à établir une alliance avec le Modem de François Bayrou et passer son temps à peu ou prou plaider la réconciliation entre les exploités et leurs exploiteurs. En conséquence, il met la gauche du PS, rassemblée dans la motion de Benoît Hamon (ou, à une moindre échelle, dans la motion Utopia), symbolisée (je parle des penseurs) par des gens comme Gérard Filoche, Pierre Larrouturou, Jacques Généreux,... en situation de choisir : rejoindre l’aventure d’un nouveau parti en constitution et contribuer à la définition de son programme, à l’édification de sa crédibilité, ou se lancer entraîner vraiment très loin dans les renoncements succesifs qui caractérisent désormais la social-démocratie.

D’autre part, ce choix courageux de Mélenchon et consorts pourrait constituer un électrochoc à même de rassembler enfin la gauche du PS dans un projet cohérent, faisant droit à l’urgence sociale et à l’urgence écologique (même si, il faut l’avouer, ce second enjeu n’est pas le point fort de "Méluche"), les réconciliant surtout. Car il faut prendre la mesure de ce qui se passe et se donner les moyens d’assumer le rôle historique qui incombe aujourd’hui à ce nouveau courant en formation : l’union est impérative, non pas pour répondre à l’injonction totalisante de la discipline immédiate et sans discussion pour que « Sarko ne soit pas réélu en 2012 » (je ne vois de toute façon quelle force pourrait sérieusement faire barrage à sa réélection) ; mais pour que la contradiction, sur le fond, lui soit enfin portée, à « Sarko ». Conserver cinq ou dix petits partis trop faibles que pour peser et trop divisés que pour jouer ensemble serait criminel.

http://bulles.agora.eu.org/20081107_melenchon.html

Publié dans prs69

Commenter cet article