Les doigts dans la crise : ça coince !

Publié le par Pour la République Sociale

La machine s'enraye. Les premières aides publiques sont dilapidées et les Etats-Unis s'enfoncent dans l'inconnu. Le chômage augmente, la récession s'installe, la déflation pointe, la pauvreté mondiale explose et devant la démission des Pays du Nord, la famine pour la prochaine saison agricole s'annonce sévère. Que du bonheur...

Crise financière : chomage, récession, pauvreté, famine

Deuxième épisode de la saga "les doigts dans la crise". Le sommet du G20 de ce week-end n'aura servi à rien. Annoncé comme un nouveau Bretton Woods, historique, il ne laissera guère de traces. Au milieu des décombres de la crise financière, des annonces de récession, de pertes colossales et de faillites en série, les Etats sont impuissants, mais est-ce une révélation ?

Chômage

Plus haut niveau de chômage aux Etats-Unis depuis 1994, l'économie US a supprimé 240 000 emplois en octobre et environ 650 000 au cours des trois derniers mois. Londres s'approche de la barre fatidique des 2 millions de chômeurs officiels, au plus haut depuis 1997. Selon des estimations préliminaires du Bureau International du Travail (BIT), dont le directeur général Juan Somavia s'attend à ce qu'elles soient revues à la hausse, 20 millions de chômeurs supplémentaires sont à attendre d'ici la fin de l'année 2009, une "première historique", additionnés à 40 millions de nouveaux travailleurs pauvres. Mais qu'on se rassure, la galère ne touchera pas les banquiers... 20 milliards d'euros de primes seront versés aux héros financiers anglais, entre décembre et avril, selon l'Office national des statistiques. Et les gradés des banques américaines en quasi-faillite touchent de l'or, des parachutes ou des ponts piochés sur les fonds d'aide d'urgence.

Récession et déflation

La zone euro est en "récession technique" pour la première fois de son histoire. Le Danemark, l'Irlande, la Lettonie, l'Estonie, l'Allemagne et l'Italie sont dans le rouge. Les autres n'en sont pas loin. La France y échappe de peu au troisième trimestre à +0.1%, quoi que l'INSEE a de plus en plus tendance à se tromper et à revoir à la baisse ses estimations, à posteriori. Les Etats-Unis ont connu une baisse de 0,3 % du PIB au troisième trimestre, en dépit des énormes injections de liquidités par les pouvoirs publics. L'OCDE prévoit une récession globale en 2009 de l'ordre de -0.3%. Etats-Unis, Japon et Europe seraient les plus touchés.

Peut-être plus grave, le spectre de la déflation est tombé sur les économies occidentales, comme un coup de massue. La déflation, si elle s'installe, aura pour effet d'aggraver encore la crise économique en accentuant le recul de l'activité. Alors que les économistes se focalisent depuis plusieurs mois sur des risques d'hyper-inflation, les chiffres publiés ce mardi donnent les prix à la production en recul de 2,8 % pour le mois d'octobre aux Etats-Unis... un record depuis que cette statistique a été créée, en 1947 ! Même scénario au Royaume-Uni. Et ces deux États se retrouvent dans une situation abracadabrantesque : l'inflation annuelle y frôle les 5%, mais ponctuellement, sur le mois d'octobre, elle bat des records à la baisse. La girouette s'affole...

Les financières dans le vague

Comme prévu lors du premier épisode de la saga, l'assureur américain AIG a confirmé avoir dépensé la totalité des 120 milliards de dollars d'aides publiques, en un mois ! Ésotérique. Personne ne comprend où est parti l'argent, mais tout le monde applaudit la rallonge de 30 milliards qui a été décidée. Mystique même quand Americain Express a demandé au gouvernement américain d’être considérée comme une banque pour pouvoir bénéficier de 3,5 milliards de dollars à piocher parmi les fonds de repêchage des institutions financières. Freddie Mac et Fannie Mae, qui couvrent 70 % des nouveaux crédits hypothécaires Outre-Atlantique, ont annoncé des pertes de 55 milliards sur le troisième trimestre et demandent de nouvelles perfusions à l'Etat.

En Europe, les plans d'urgence se multiplient, mais on s'y habitue aussi... L'allemand Hypo Real estime à 50 milliards d'euros ses besoins en liquidités d'ici un mois. KfW a enregistré une perte de 1,8 milliard d'euros sur les trois premiers trimestres 2008. En France, Dexia annonce une perte de 3 milliards d'euros, ING n'en annonce "que" 585 millions, Natixis dément les révélations de pertes boursières d'un milliard d'euros mais annonce une perte comptable de 234 millions d'euros, et tout ça pour le seul troisième trimestre ! Même si la majorité des banques françaises limite la casse, la crise leur a déjà coûté plus de 20 milliards d'euros. Et elles ne sont sans doute pas encore au bout de leurs peines.

Plans de sauvetage peu efficaces

Le gouvernement américain a revu son plan Paulson, admettant qu'il ne suffirait pas : oubliées les reprises d'actifs pourris, c'est maintenant un rachat des banques, pur et simple, qui est prévu, afin de pouvoir relancer les prêts aux entreprises. Car des pans entiers de l'économie sont menacés, l'automobile en particulier. Et sans aide directe de l'Etat, notamment par l'intermédiaire de crédits bancaires, le secteur courre à la catastrophe. General Motors, le monstre américain, a déjà annoncé une situation de quasi-faillite, et Chrysler a demandé solennellement, devant le Sénat, un "soutien financier immédiat". Le gouvernement US aurait aussi demandé une aide de 290 milliards de dollars aux pays du Golfe. Pas vraiment rassurant...

La Chine souffre aussi, qui voit ses entreprises fermer par milliers. Elle a annoncé un plan de relance de 461 milliards de dollars. En France, les premiers effets concrets de la crise se font ressentir. Chômage, hausse de la pauvreté, doublement du nombre de loyers impayés en quelques mois, et 500 000 foyers qui se retrouvent potentiellement expulsables. La Banque de France constate que malgré les promesses, les banques qui bénéficient d'aides de l'Etat réduisent drastiquement leurs prêts aux entreprises. Le MEDEF évoque même une forme de "maltraitance" économique. Conséquence ? On leur a demandé de promettre à nouveau, mais vraiment, cette fois-ci. Pas pour de rire. Un ange passe...

Pauvreté et famines généralisées à redouter

Dans le monde, on se rend compte que les Etats les plus faibles souffrent... il fallait bien une crise mondiale pour en arriver là ! La Banque Mondiale a annoncé son intention de tripler ses prêts aux pays en voie de développement. Mais on craint le pire quand le Programme d'Aide Alimentaire (PAM) réduit ses aides d'urgence, notamment au Zimbabwe : "Il n'y a actuellement pas de vivres disponibles à distribuer en janvier et février (2009), au moment où la situation sera la plus critique" a annoncé l'organisation. Louis Michel, le commissaire européen au Développement, recherche depuis plus de six mois, un "petit" milliard d'euros. Toute l'Europe a dit "Oui", mais les choses trainent et tous les prétextes sont bons pour retarder la signature des chèques. Du coup, la saison agricole 2008-2009 des pays du tiers-monde est en partie sacrifiée, faisant redouter une famine des plus graves. Mais un milliard d'euros a été économisé, c'est bien ça, l'important... en temps de crise.

L'important, aussi, c'est que les participants au sommet du G20 de ce week-end se congratulent. Ils se disent "contents" et "rassurés" par leurs prouesses. C'est toujours ça de pris, parce que pour le reste... The show must go on !

(Article publié sur le site "Les mots ont un sens")

Publié dans prs69

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