Les fauteurs de guerre

Publié le par Pour la République Sociale

Kouchner nous sert un conte de fées. « Il ne faut pas prendre au tragique » la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo, « ce n’est pas une défaite pour la Serbie ». « Souhaitons bonne chance au Kosovo » car « on verra bien ce que ça va donner » (sic). L’irresponsable lâche tout de même que la réconciliation entre serbes et kosovars prendrait « plusieurs générations ». Hélas la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo suite à une déclaration unilatérale est un grave précédent pour la paix dans le monde et un encouragement à de nouveaux conflits sur la planète.


D’abord parce que cette « indépendance » est contraire au droit international. Celui-ci réclame un accord des parties ou encore une décision de l’ONU elle-même. Or l’ONU ne s’est jamais prononcée pour l’indépendance du Kosovo. Sa dernière résolution sur le Kosovo, régissant les conditions d’administration de ce territoire au lendemain de la guerre de 1999, reconnait explicitement la souveraineté de la Serbie sur cette région.

« Bah, le droit international… au diable ce formalisme ! » plaideront les pragmatiques dans un haussement d’épaules. Mais lorsque le droit international est bafoué, la force domine sans entrave. Pourquoi le Kosovo peut-il proclamer son indépendance ? Parce que les Etats-Unis en ont décidé et leur ont garanti en échange leur protection militaire. Pourquoi Sarkozy s’est-il rué pour reconnaître le nouveau pays ? Parce que Bush le lui a demandé. La sécession du Kosovo découle certes des stratégies des acteurs locaux, nationalistes serbes et kosovars, mais n’aurait jamais abouti si les Etats-Unis n’y avaient pas intérêt. Les drapeaux américains flottaient d’ailleurs le soir de « l’indépendance » dans la foule en liesse. Et ailleurs ? Pas de soutien états-unien, pas d’indépendance. Les républiques autonomes à majorité russe de Géorgie (Abkhazie et Ossétie du Sud) qui ont également proclamé unilatéralement leur indépendance en 1992 le savent bien. Sans parler de la Palestine.

Allant au bout de ce pragmatisme qui masque la réalité des intérêts de puissance, les dirigeants européens expliquent que le Kosovo constituerait un « cas sui generis [unique] qui ne remet pas en cause » le principe d’intégrité territoriale des Nations. Une thèse doublement consternante. D’abord parce qu’en justifiant l’indépendance illégale du Kosovo par la guerre et l’épuration ethnique, elle fournit un triste mode d’emploi à ceux qui revendiquent l’indépendance ailleurs. Ensuite parce qu’elle masque le principe qui l’a guidée : des Nations fondées sur leur homogénéité « ethnique ». Ils estiment que le Kosovo doit être indépendant car 90% de sa population est albanophone. Or un tel principe conduit à l’éclatement de la plupart des Etats des Balkans. Les Serbes ne sont-ils pas eux aussi majoritaires à 90% dans la République Srpska de Bosnie-Herzégovine ? Il faudrait alors les rattacher à la Serbie, comme il faudrait rattacher à la Croatie les zones à majorité croate… exactement le plan de partage de la Bosnie de Tudjman et Milosevic. Le principe de la majorité n’est rien d’autre que la vitrine légale de l’épuration ethnique. Il déstabiliserait toutes les constructions nationales en Europe. Mais aussi en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud…

Car il faut bien admettre qu’il n’existe pas de frontières justes. Les frontières sont toujours le résultat d’un rapport de force politique et d’une construction historique. Il est illusoire de penser que l’on peut fabriquer des Etats stables et harmonieux en redécoupant des frontières. On construit des peuples par le développement démocratique et social des Nations. D’ailleurs le Kosovo lui-même est découpé par des frontières « ethniques », avec des zones où dominent les serbes devenus soudain une « minorité » dans leur propre pays. Faudra-t-il aussi redécouper le Kosovo ?

En outre, le pseudo Etat du Kosovo est une construction non viable. Il est hors d’état d’assurer sa sécurité, le contrôle de ses frontières, une bonne part de son administration intérieure qui sera confiée à l’Europe ou à l’OTAN. Le pays ne produit plus rien. L’économie, qui repose entièrement sur les commerces et les services ainsi que sur les transferts des immigrés est un paradis pour la mafia. Plus 60% de la population active est au chômage. Le peu d’entreprises qui subsistent est souvent propriété de la Serbie. Le Kosovo ne produit pas son électricité… Va-t-il fonctionner sur le modèle de la Bosnie-Herzégovine, administrée par un Haut Représentant de l’Union européenne qui a le pouvoir de casser des lois votées par le Parlement ou de destituer des élus ?

Enfin, cette reconnaissance est une provocation contre la Russie. Ce n’est pas le moindre objectif de Washington. Le successeur désigné de Bush à la présidence, Mc Cain, présenté ici comme un républicain modéré, annonce la couleur. Il propose d’écarter la Russie des réunions du G8, de créer une « Ligue des démocraties » appelée à se substituer aux Nations-Unies chaque fois que les Etats-Unis souhaiteront intervenir sans contraintes, ou encore de porter les dépenses militaires américaines à « 4 % du produit national brut, ce qui est sensiblement inférieur à notre effort du temps de la guerre froide». Avis aux naïfs qui croient aux contes de fées, la Maison Blanche n’a aucun intérêt à la paix dans les Balkans. Au contraire. L’instabilité dans la région est une condition de son implantation européenne.

François Delapierre

Publié dans prs69

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