Helmut Scholz, Responsable international de Die Linke
Merci pour votre invitation. Je voudrais présenter les trois points principaux du processus de fusion qui a abouti au parti Linke.
Je partirai d’abord d’une analyse très concrète de la situation et des événements qui ont conduit à cette fusion entre les deux partis (le WASG Social démocrate et le PDS Communiste NDLR).
Au point de départ, il y a deux cultures qui sont présentes en Allemagne. A l’est, le PDS qui était un parti bien implanté qui regroupait les couches les plus diverses, des gens même au-delà de la gauche qui votaient pour le PDS car il était aussi le « parti des intérêts de l’est », alors qu’à l’ouest, le PDS n’avait jamais pu vraiment prendre pied, avec un anticommunisme qui est resté très fort, et ce n’est que parce que la social démocratie au pouvoir dans la coalition SPD-Grünen (coalition Social démocrate - Verte dirigée par Schröder - NDLR) s’en est prise à tous les acquis sociaux, à l’Etat social, qu’une prise de conscience a eu lieu et que des gens ont quitté le SPD.
Il faut toujours avoir cette situation de l’Allemagne à l’esprit, avec une culture politique à l’est et une autre à l’ouest. Lorsque le chancelier Schröder a décidé d’anticiper les élections, il ne comptait pas (et personne d’ailleurs) sur la capacité à Gauche à dépasser la réflexion sur soi-même pour aller vers cette fusion.
En 2005, donc, le PDS se trouvait confronté à cette question : « est-ce que nous sommes candidats dans toute l’Allemagne comme on le fait depuis 15 ans (sans réussite puisqu’on n’arrive pas à percer) ? Ou est-ce que nous tentons une expérience nouvelle ? » Et c’est ce que le PDS a décidé.
Il y avait aussi le fait que la WASG s’était installée à l’ouest et avait réunir des gens de gauche qui ne voulaient pas et ne pouvaient pas - pour des raisons les plus diverses - rentrer au PDS, qui n’auraient pas fait ce pas là. Il fallait donc prendre en considération cela.
Nous avons décidé de tenter l’expérience sans être certains que cela allait réussir. Il faut souligner l’apport personnel des trois dirigeants que sont Oskar Lafontaine à l’ouest (ancien chef du SPD et ex-ministre), Lothar Bisky et Grégor Gyzi à l’est, qui ont encouragé ce processus, pour aller ensemble aux élections et préparer peut-être la fondation d’un nouveau parti.
On s’est d’abord concentré sur la phase électorale. Il s’agissait d’élections anticipées, donc sans beaucoup de temps pour les préparer, et nous avons fait un programme électoral de réponse à la politique anti-sociale de Schröder, de réponse à l’engagement armé de l’Allemagne (qui est un thème important en Allemagne), et de protection écologique. Nous avons laissé de côté dans cette phase électorale les autres questions programmatiques et nous nous sommes concentrés sur cette bataille électorale.
Nous avons obtenu 8% des voix, et c’était bien pour nous. Après ce succès électoral, nous avons pris le temps, avec les deux partis WASG et PDS, de mener à bien le processus de fusion qui ne s’est terminé qu’en juin 2007. C’est le deuxième point que je voulais aborder.
Pendant ce processus de fusion, nous avons beaucoup appris. La première chose que nous avons apprise, c’est qu’il y a des conceptions différentes de la politique de Gauche, et la fusion elle-même. Et nous avons compris qu’il fallait aborder de front ces différences. Nous avons appris que la fusion ne pouvait venir seulement d’en haut et qu’il fallait associer à toutes les étapes les militants dans la transparence totale. On a aussi appris (surtout pour des gens comme moi qui viennent de l’est !) que des responsables syndicaux ne raisonnent pas comme des permanents des partis politiques.
A côté d’un groupe central qui pilotait le processus de fusion, constitué à parité entre les deux partis, on a fait des groupes thématiques, tous à parité, pour discuter, par exemple, sur les femmes, sur les jeunes, sur différentes questions... toujours à parité entre les deux partis. Chaque groupe rendait publics ses travaux par internet, on se mettait d’accord pour ce qui était commun et on est arrivé à un document présentant les points d’accord programmatiques, sans qu’on aille dans les détails. On a fait la même chose pour les statuts.
Ce processus de fusion s’est donc terminé en juin dernier, mais j’insiste sur le fait que la véritable fusion, c’est maintenant qu’elle commence.
Ce sera mon dernier point, mais c’est le plus important. Car jusqu’à présent c’était deux partis qui négociaient l’un avec l’autre, et maintenant nous sommes ensemble, et nous avons à nous occuper un peu moins de nous mais un peu plus de la situation réelle en Allemagne, dans l’Union Européenne, et nous occuper de savoir comment on peut transformer cette situation.
C’est en tant que membre d’un même parti que nous allons engager un grand débat programmatique pour les années à venir pour changer la donne en Allemagne et en Europe.
Un dernier mot : nous ne nous considérons pas du tout comme un modèle à suivre. La gauche allemande avait un problème à résoudre. Cela dit les problèmes que vous rencontrez sont en partie les mêmes problèmes que les nôtres, car vos problèmes sont nos problèmes, vos succès sont nos succès, c’est pour cela que nous sommes satisfaits de discuter de cela avec vous, mais nous n’avons pas de « recettes » à vous donner.
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