Pour moi l'eau, c'est public !

Publié le par Pour la République Sociale

Vous le savez, une importante bataille politique s'est engagée au Syndicat des Eaux d'Ile de France (SEDIF) sur la future gestion de l'eau. La fin du contrat liant le SEDIF à Veolia arrive a échéance en janvier 2011 et une question se pose désormais : pourquoi ne pas enfin en venir à une gestion publique de l'eau après plus de 80 ans dans les mains d'une concession à une entreprise privée ?

Plusieurs arguments sont avancés pour en finir avec la gestion confiée au secteur privé. Le 1er, qui n'est pas des moindres, est celui du coût. A l'heure où le pouvoir d'achat est totalement en berne, où de plus en plus de ménages souffrent de précarité accrue, les récentes études montrent que l'eau en Ile de France, quand le SEDIF en a la gestion, est une des plus chères de France. L'eau coûte 0,62 € par m3, et est facturée en moyenne à 1,60 € ! De manière générale, sur tout le territoire français, l'écart entre le prix de l'eau est d'environ 25 % plus cher lorsque le privé s'en charge. Une gestion publique, c'est la garantie qu'il n'y a pas d'actionnaires à satisfaire dans le système et de dividende. En ce qui nous concerne, cela représente plus de 62 % de marges pour Véolia, dont il est bon de noter que son contrat avec le SEDIF est le plus important d'Europe. On commence à comprendre les enjeux financiers en question dans ce dossier…

Mais les enjeux financiers, ils existent aussi pour les ménages. Or, une gestion publique pourrait permettre de mettre un contenu social dans notre gestion de l'eau. Pourquoi ne pas repenser totalement notre politique tarifaire ? Aujourd'hui, la logique qui prévaut est celle des prix régressifs. Ainsi, les gros consommateurs d'eau (la ville de Neuilly sur Seine est en tête du palmarès) bénéficient de ristournes énormes : 61% de réduction à partir d'une consommation annuelle de 1.825.000 m3 en 2006 ; une véritable incitation à gaspiller l'eau, ressource si précieuse. Plus on épuise la ressource, moins c'est cher ! Qui plus est, alors que l'eau est nécessaire à la vie, dans tous ses aspects, je propose qu'on livre gratuitement les 1ers mètres cubes d'eau aux ménages les plus en difficulté.

Enfin, alors que nous savons que l'eau potable est une ressource qui s'amenuise, nous devons penser à un réel aspect stratégique de cette question. Cet argument avait prévalu lors des nationalisations des transports, des industries énergétiques, des secteurs financiers lorsque la nation en avait besoin. L’accès à l’eau, source de vie irremplaçable, est un droit humain, individuel et collectif, c'est un bien commun de l’humanité. Le financement nécessaire à la mise en oeuvre de ce droit doit être collectif et solidaire et toute politique de l’eau doit être démocratique à tous les niveaux : local, national, continental, mondial. L'accès à l'eau, c'est l'intérêt général. Et la défense de l'intérêt général doit se faire dans le secteur public.

Alors qu'en est-il aujourd'hui ? Comme je vous l'avais dit, le premier conseil syndical du SEDIF (syndicat des eaux d’Ile-de-France) d’après les élections municipales de mars 2007 s’est réuni le 15 mai afin de procéder à l’élection d’une nouvelle présidence et à la désignation d’un nouveau bureau.

C’est André Santini, le président sortant, Secrétaire d’Etat du gouvernement Sarkozy, qui a été réélu. Il s’est cependant produit quelque chose d’important ce jour là : la gauche a décidé de présenter une candidature alternative à celle d’André Santini et favorable, elle, au principe d’un retour en gestion publique. C’est le Sénateur-Maire de Neuilly-sur-Marne - Jacques Mahéas - qui a été choisi pour porter cette candidature. Il a été battu, recueillant 55 voix contre 77. C’est la fin d’un consensus qui prévalait jusqu’alors dans le système mis en place par Monsieur Santini et ses supplétifs, au profit de l’entreprise Véolia.

Les représentants de 55 communes affirmant ainsi leur position pour un retour en gestion publique, c’est du jamais vu, et cela marque assurément une rupture dans l’histoire du SEDIF.

Cette bataille doit se poursuivre au sein des instances municipales et du SEDIF, bien sûr, en continuant à faire vivre le front qui s’est constitué dans le conseil syndical mais aussi en élargissant la campagne de sensibilisation des citoyens sur la question de la gestion de l’eau, afin de permettre une implication directe du peuple dans les choix qui seront faits.

Il est encore possible de faire bouger les lignes au sein du SEDIF. C’est à l’automne que le mode de gestion privé ou public sera choisi. En Ile-de-France comme dans tout le pays, la bataille pour la réappropriation par les citoyens et les élus du peuple de ce bien public indispensable à la vie qu’est l’eau ne fait que commencer.


Gabriel Amard


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Publié dans prs69

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